Vaccination : des réponses à des idées reçues bien ancrées

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Publié le 10/04/2017
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En France, 41 % des citoyens ne font pas confiance à la vaccination, alors que la défiance mondiale n’est que de 13 %. Les Français seraient-ils plus perméables aux faux arguments qui circulent ? Professionnel de santé en première ligne pour délivrer une information juste et validée par les plus hautes autorités médicales, le pharmacien doit pouvoir tordre le cou à ces idées reçues dont voici quelques exemples.
seringues

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Crédit photo : phanie

« Nous sommes les champions de la méfiance vis-à-vis de la vaccination, juste derrière la Bosnie Herzégovine, avance François Chast, président de l’Académie de pharmacie. Pourtant, l'excellent rapport bénéfice-risque de la vaccination est incontestable. » Le doute qui persiste est notamment alimenté par de fausses idées véhiculées par des groupes de pression très actifs. Revue de détail avec le Pr Chast des points de friction autour de la vaccination.

Les adjuvants aluminiques sont-ils dangereux ?

Depuis 80 ans, on utilise des adjuvants aluminiques qui n’ont pas montré de toxicité, si ce n’est des granulomes au point d’injection ou des réactions plus importantes mais bénignes (tuméfactions étendues, pseudo-phlegmoneuses). Néanmoins, à partir de 1998, la sécurité d’emploi de ces adjuvants a été remise en question avec la description, par l’équipe de Gherardi à Créteil, de cas de myofasciite à macrophage (MM), une pathologie qui se caractérise par des myalgies, arthralgies, de la fatigue et des troubles cognitifs. Selon eux, la maladie serait induite par l’aluminium présent dans les vaccins. « Mais le lien entre adjuvant aluminique et myofasciite n’a pas été démontré », souligne François Chast. Des études ont seulement observé, après une biopsie musculaire, que les personnes atteintes de MM ont des dépôts d’aluminium dans leurs fibres musculaires. Peut-être en est-il est de même pour les personnes non concernées par la maladie, mais aucun test n’a été réalisé pour le savoir. De plus, curieusement, « cette maladie est presque exclusivement française : au total sur les 445 déclarations de MM en 20 ans, 95 % ont été effectuées dans l’Hexagone, par la même équipe de médecins à Créteil (et les 5 % restants dans 3 autres pays) ». Enfin, aujourd’hui, la maladie semble s’éteindre : « depuis 2012, aucun cas n’a été déclaré », poursuit le président de l’Académie de pharmacie. Pourtant, la vaccination enfant et adulte est toujours réalisée à grande échelle dans notre pays.

Quelle quantité d’aluminium entre vaccin hexavalent et monovalent ?

Certains anti-vaccins appellent les parents à ne pas vacciner leurs enfants avec le vaccin hexavalent, sous prétexte qu’il contient des adjuvants aluminiques. Rappelons que ce vaccin protège nos enfants de maladies très graves, voire fatales. De plus, « un vaccin hexavalent renferme autant d’aluminium qu’un vaccin monovalent. Ainsi, en faisant plusieurs vaccins monovalents, on apporterait beaucoup plus d’aluminium à son enfant que par une unique injection de l’hexavalent », explique Liliane Grangeot-Keros, de l’Académie nationale de pharmacie, qui a coordonné un rapport sur les adjuvants aluminiques.

Les vaccins sont-ils dangereux ?

Comme tout médicament, les vaccins présentent des contre-indications. « Ils ne doivent pas être administrés en cas d’allergie à un composant, le ROR ne doit pas être injecté en cas de grossesse ou d’immunodépression sévère… Il existe des réactions locales ou générales (fièvre, myalgies), et parfois des effets secondaires graves, qui sont rares, évoque François Chast. Mais le bénéfice-risque des vaccins est très nettement favorable. »

Lien entre l’autisme et le ROR

Le lien entre autisme et ROR est une fausse rumeur, une escroquerie divulguée par Andrew Wakefield, médecin corrompu qui a publié une étude falsifiée dans la revue « The Lancet ». Depuis, la tromperie a été révélée et Wakefield a été rayé de l’équivalent de l’Ordre des médecins au Royaume-Uni. Malheureusement, le mal est fait et aujourd’hui certains parents refusent encore de vacciner leur enfant avec le vaccin ROR.

Lien entre vaccination contre l’hépatite B et la SEP

Il n’y a pas de lien entre la vaccination contre l'hépatite B et l’apparition de sclérose en plaques (SEP). La pharmacovigilance le prouve : « entre 2007 et 2011, on montre que, dans les populations vaccinées, l'incidence de SEP est de 4 à 8 cas pour 100 000 habitants, ce taux étant moindre que celui attendu par rapport à celle de la population générale », rapporte François Chast.

Lien entre vaccin contre le cancer du col et pathologies auto-immunes

« Une étude en vie réelle a comparé les données de 800 000 jeunes filles vaccinées versus 1 million de non vaccinées. Elle conclut que la vaccination contre le papillomavirus (HPV) n’induit pas d’augmentation du risque global de pathologies auto immunes, dont la SEP, détaille François Chast. En revanche, une augmentation discrète mais réelle du syndrome de Guillain-Barré (1 à 2 cas supplémentaires pour 100 000 jeunes filles vaccinées) a été mise en évidence. Toutefois, ce risque est à mettre en balance avec la diminution du risque de cancer du col et autre pathologies dues au HPV (verrues génitales, etc.). »

Lien entre vaccin H1N1 et narcolepsie

Chaque année, 900 cas de narcolepsie sont notifiés et 25 ont été rapportés chez des personnes vaccinées avec Pandemrix ou Panenza. « Il y a un sur-risque discret de narcolepsie avec la vaccination contre la grippe H1N1, mais cette vaccination n’est plus réalisée à ce jour », relate François Chast.

Le casse-tête des vaccins obligatoires et recommandés

De par l’histoire de la vaccination en France, les deux statuts de vaccination « recommandée » et « obligatoire » coexistent en France. Chez l’enfant, les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont obligatoires, alors que les vaccinations contre l’hépatite B, les infections a Hæmophilus, le ROR sont uniquement recommandées dans le calendrier vaccinal. « Pourtant, toutes ces vaccinations sont primordiales car elles protègent les enfants de maladies graves. La France devrait toiletter son calendrier vaccinal afin que disparaisse cette différence entre vaccination « obligatoire » et « recommandée ». Cette distinction n’a plus lieu d’être et sème le doute dans la population », estime François Chast, qui souhaiterait même que « tous les vaccins préconisés dans le calendrier vaccinal soient remboursés à 100 % ».

D'après une conférence de PharmagoraPlus.

Charlotte Demarti

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3341
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