Physiopathologie

Quand le froid ouvre la porte aux infections ORL

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Publié le 12/12/2016
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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les rapports entre le froid et diverses pathologies ne sont pas toujours aussi évidents qu’ils peuvent paraître de prime abord et les mécanismes physiopathologiques impliqués comportent souvent encore une part d’inconnue.

Pour commencer par le commencement, interrogeons-nous sur le concept de froid.

Les notions même « d’hiver » et de « froid » sont abordées différemment suivant les études. Ainsi, dans la plupart des pays où la température et la saison sont très liées, les mois sont utilisés comme variables. Cette méthode est la plus couramment utilisée dans les publications, mais elle est peu descriptive car d’une région à l’autre le climat n’est pas le même pour un même mois. Une autre méthode consiste à définir les saisons à partir des variables météorologiques. C’est ainsi que pour certains spécialistes, l’hiver commence lorsque la température perçue passe pour la première fois en dessous de 5 °C et se termine lorsqu’elle passe pour la dernière fois au-dessus de 5 °C.

Quant aux vagues de grand froid, elles sont définies par exemple dans une étude au Pays-Bas comme une période d’au moins 9 jours consécutifs durant lesquelles la température minimale est inférieure à -5 °C, ou d’au moins 6 jours consécutifs avec une température minimale inférieure à -10 °C.

S’il est admis depuis longtemps que les maladies respiratoires augmentent en hiver, l’étiopathogénie n’est toujours pas complètement élucidée. Deux facteurs semblent expliquer en partie ce phénomène. D’une part, l’inhalation d’air froid entraîne un refroidissement de la muqueuse des voies respiratoires supérieures, ce qui tend à inhiber les mécanismes de lutte contre les infections, comme la clairance mucociliaire et l’activité de phagocytose des leucocytes. D’autre part, la tendance à la concentration de la population dans des espaces confinés et peu ventilés augmente le risque d’infections croisées.

Pathologies respiratoires chroniques : attention !

L’asthme et le froid ne font pas très bon ménage. De plus, les virus des voies respiratoires, comme le rhume et la grippe, peuvent déclencher une crise d'asthme.

Il est bien connu que l’air froid peut déclencher une crise d’asthme, tout particulièrement en cas d’activité physique. Surtout en cas de temps froid et sec. Cela étant, s’il est vrai qu'un temps froid et humide est en principe plus favorable aux patients, les nuages qui apportent cette humidité sont souvent chargés de polluants chimiques qui risquent d’aggraver les choses.

On peut conseiller aux patients souffrant d’asthme :

- D’éviter de faire de l’exercice en plein air par temps très froid.

- De se couvrir la bouche et le nez d’un masque ou d’une écharpe afin de réchauffer l’air inspiré.

- De respirer par le nez (pour la même raison).

- De s’arrêter si des symptômes de l’asthme se manifestent à l’effort, et de prendre une inhalation de broncho-dilatateur ; ne reprendre l’exercice que lorsque tous les symptômes auront disparu. Attention, cela peut être un signe de la nécessité de réévaluer et d’adapter le traitement d’entretien.

L’utilisation d’un bronchodilatateur d’action rapide est souvent prescrite 10 à 20 minutes avant l’exercice afin de prévenir les symptômes de l’asthme.

Une vague de froid peut aggraver momentanément une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sous la forme d’une exacerbation aiguë. Pour autant, dans ce contexte le facteur déclenchant sera alors représenté par une infection des voies respiratoires.

De fait, la surinfection bronchique est une cause fréquente d’exacerbation. Les germes les plus fréquemment en cause, en cas de surinfection bronchique ou de pneumonie, chez les patients atteints de BPCO peu sévère sont Streptococcus pneumoniæ, Hæmophilus influenzæ, Moraxella catarrhalis, des germes atypiques (Chlamydia pneumoniæ, Mycoplasma pneumoniæ, Legionella pneumophila) et des virus. Chez les patients atteints de BPCO sévère ou porteurs de dilatations des bronches ou nécessitant des antibiothérapies ou des hospitalisations fréquentes, Staphylococcus aureus, Pseudomonas æruginosa et diverses entérobactéries sont plus fréquemment isolés.

On peut dispenser à ces patients le conseil d’arrêter toute activité physique en cours en cas de survenue de l’un des signes suivants : oppression dans la poitrine, vertige ou nausée, sensation de moiteur ou de froid, augmentation des sifflements respiratoires, douleur au niveau des articulations ou des muscles ou encore fatigue anormale.

Bronchiolite : l’éternel retour

La bronchiolite est une infection saisonnière du petit enfant due à un virus très contagieux, le VRS (virus respiratoire syncytial), qui n’induit qu’un rhume banal chez l’adulte. Elle affecte les petites bronches du nourrisson et si elle est la plupart du temps bénigne, elle est parfois responsable de complications graves nécessitant l’hospitalisation. Elle touche chaque année, entre fin septembre et février, près de 30 % des enfants âgés de moins de deux ans.

Le VRS se transmet essentiellement par voie aérienne (éternuement, toux), mais aussi par les mains ou les objets souillés par une personne infectée.

La bronchiolite débute généralement par un simple rhume et une toux, puis l’enfant est gêné pour respirer et il peut présenter des difficultés pour boire et manger. Les quintes de toux, très fréquentes, peuvent s’accompagner de sifflements.

Les conseils clés sont les suivants :

- Se laver les mains régulièrement et particulièrement après s’être mouché.

- Porter un masque chirurgical pour s’occuper d’un bébé lorsqu’on est malade (un Français sur deux considère encore que c’est un geste pas vraiment indispensable voire tout à fait inutile…).

- En cas de rhume et de toux, ne pas embrasser un bébé sur le visage ou sur les mains.

- Éternuer et tousser en se couvrant la bouche soit avec le coude, le bras/la manche, un mouchoir jetable.

- Éviter les visites de personnes malades (enrhumées, notamment) ou éviter de leur rendre visite avec le bébé.

- Ne pas emmener le nourrisson dans des lieux publics où il risquerait d’être en contact avec des personnes enrhumées (centres commerciaux, transports en commun…), surtout s’il a moins de 6 mois.

 

 

Didier Rodde

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3311