Appareil digestif

Comment restaurer le microbiote après une « gastro »

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Publié le 12/12/2016
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Si la gastro-entérite hivernale est en général bénigne et guérit rapidement, elle laisse la flore intestinale en piteux état. Pour la rééquilibrer et l'aider à remplir à nouveau son rôle, les probiotiques s'imposent.

Pas de surprise, comme tous les hivers, la « gastro » est au rendez-vous. Nausées, vomissements, crampes abdominales, diarrhées, les symptômes de la « grippe intestinale », comme elle est encore souvent appelée, sont pénibles mais ne durent en général que 2 ou 3 jours. C'est néanmoins suffisant pour que les intestins se délabrent.

Des virus surtout

Comme dans les autres pays tempérés, en Europe et aux États-Unis, les gastro-entérites hivernales sont d'origine virale dans au moins 85 % des cas. Les quatre principaux virus responsables de ces épidémies sont les rotavirus (surtout du groupe A) chez les jeunes enfants, les norovirus qui sévissent jusqu'en mars, les astrovirus et les adénovirus (40 et 41) qui, eux, circulent toute l'année et touchent surtout les enfants. À la mauvaise saison, les bactéries sont en cause dans seulement 10 % des « gastros », mais donnent des symptômes généralement plus graves : Salmonella, Shigella, Campylobacter, E. coli, Yersinia, Clostridium difficile.

Les personnes à risque méritent une surveillance rapprochée et des traitements à cause du risque élevé de complications : les petits enfants au système immunitaire immature, surtout s'ils sont accueillis en crèche ou en garderie ; les seniors aux défenses naturelles affaiblies, notamment vivant en institution ; et les personnes au système immunitaire abaissé par une maladie ou un traitement immunosuppresseur. Pour les autres, des médicaments visant à soulager maux de ventre et vomissements, ralentir le transit et, seulement si nécessaire à contrer une infection bactérienne, suffisent. En France, les agents pathogènes en cause sont en effet moins dangereux qu'en Afrique ou en Amérique du Sud et les cellules immunitaires logées dans l'appendice et le gros intestin en viennent souvent à bout. Mais, dans tous les cas, le microbiote intestinal, formé pour l'essentiel de bactéries mais aussi de levures, de champignons et de virus non pathogènes, est endommagé.

Une cause de dysbiose

Quand tout va bien, les quelque 100 000 milliards de bactéries qui tapissent l'intestin « assurent ». Elles interviennent activement dans la transformation des aliments en énergie et dans la formation du système immunitaire, mais pas seulement. Elles ont aussi un effet protecteur induit par le simple fait qu'elles ne laissent pas de place aux microbes qui peuvent agresser l'intestin. Or, justement, les diarrhées occasionnées par la gastro-entérite emportent souvent dans leur sillage bon nombre de ces « bonnes » bactéries installées dans l'intestin et les autres germes en profitent pour occuper le terrain et proliférer. En clair, le nombre des bactéries aérobies augmente tandis que celui des anaérobies diminue et ce déséquilibre est néfaste pour le bien-être intestinal et, plus largement, pour la santé. On parle alors de dysbiose.

« Réensemencer » la flore

Les probiotiques, c'est-à-dire des micro-organismes vivants, ont évidemment un rôle à jouer pour restaurer le microbiote intestinal pendant et après un épisode de dysbiose tel qu'une gastro-entérite et pour renforcer l'organisme vis-à-vis des infections. À condition cependant d'en ingérer en quantité suffisante. Tous les probiotiques ne se valent pas non plus. Pour proposer un probiotique efficace au patient, il est essentiel de prendre en compte la nature du micro-organisme, son mode de production et de conservation, son statut (aliment, complément alimentaire ou médicament) et le niveau de preuve de son efficacité. Enfin, le probiotique doit impérativement être vivant.

À ce jour, les probiotiques les mieux étudiés sont les bactéries lactiques, lactobacilles et bifidobactéries (Probiolog, Lactibiane, Lactéol…). Et, bien sûr, la levure Saccharomyces boulardii (Ultra-levure), utilisée avec efficacité depuis plusieurs dizaines d'années. À noter : pour les nourrissons et les jeunes enfants, il existe aujourd'hui une forme poudre à base de la même souche S. boulardii CNCM I-745. Ultra baby est conditionné en sticks (1 à 2 par jour), faciles à mélanger dans un yaourt, un petit pot, une boisson ou un soluté de réhydratation orale. Dans le référentiel français de la prise en charge des diarrhées aiguës de l'enfant de 2016, établi à partir des recommandations des Sociétés européennes de gastro-entérologie pédiatrique, hépatologie et nutrition (ESPGHAN) et de maladies infectieuses (ESPID), ce probiotique a d'ailleurs été retenu avec une recommandation forte, de même que Lactobacillus rhamnosus GG.

Passer aux prébiotiques

Une fois ce « réensemencement » terminé, conseiller aux patients de passer aux prébiotiques qui, en atteignant le gros intestin, vont nourrir les « bonnes » bactéries et stimuler leur croissance. Ce sont des sucres complexes non digestibles faisant partie des fibres alimentaires - inuline et fructo-oligosaccharides notamment - mais toutes les fibres ne sont pas des prébiotiques. Les aliments qui en contiennent le plus sont : artichaut, banane, ail, asperge, poireau, oignon, salsifis, topinambour, racine de chicorée, blé (complet), seigle et avoine. Mais attention, progressivement et sans exagérer les doses sous peine de ballonnements et de flatulences. Certains compléments alimentaires (Biofilm par exemple) en contiennent.

L'intestin, « deuxième cerveau »

L'intestin n'est pas un organe simplement cantonné à la digestion et sa bonne santé a bien plus d'importance qu'on le pensait il n'y a pas si longtemps. Les très nombreuses recherches sur cet organe ont débouché sur des découvertes captivantes et riches de promesses. Même si tout n'est pas élucidé, on sait notamment que 80 % de nos défenses immunitaires sont localisées dans l'intestin et permettent de nous défendre contre toutes sortes de maladies. Et aussi qu'un problème intestinal peut retentir sérieusement sur le psychisme car cerveau et intestin communiquent dans les deux sens, au point qu'on appelle ce dernier « deuxième cerveau ». Il y a tout intérêt à chouchouter un organe aussi précieux…

Ève Oudry

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3311