Ma Pharmacie en France répond à un contexte où les plateformes étrangères de e-commerce santé se sont imposées. « Si nous ne construisons pas nous-mêmes notre portail, d’autres le feront à notre place », prévient Alain Grollaud, président de Federgy.
L’ambition n’est pas de courir après les géants, mais de reprendre la main sur l’image de la profession, la maîtrise des données et la relation avec les patients.
Le portail doit devenir un repère commun, une porte d’entrée fiable vers le réseau officinal, permettant de localiser sa pharmacie, d’accéder à des services simples et de revenir au comptoir quand cela a du sens.
Ce projet s’inscrit aussi dans un contexte politique fort : le discours de politique générale de Gabriel Attal (janvier 2024) appelait à accélérer la transformation numérique de la santé, tandis que Marc Ferracci, via la Délégation à la vie économique, sommait les professions réglementées à mutualiser leurs outils numériques. Dans le même temps, la menace d’une dérégulation du e-commerce pharmaceutique au printemps 2024 a précipité le mouvement.
Ce n’est pas un projet d’enseigne, mais un projet de réseau. Il s’adresse à toutes les officines, quels que soient leur taille, leur groupement ou leur localisation
Alain Grollaud, président de Federgy
« On a voulu prouver que la profession pouvait s’unir sur un projet collectif sans attendre que l’État ou un acteur extérieur le fasse à sa place », résume Alain Grollaud. « Nous ne cherchons pas à imiter Amazon. Nous voulons montrer que les pharmaciens français peuvent innover ensemble, dans le respect de ses valeurs : proximité, sécurité, confiance. » « Nous avions besoin d’un outil commun », résume Alain Grollaud, président de Federgy. « Aujourd’hui, chaque groupement a sa logique : sites, interfaces, contenus… et le patient s’y perd. L’idée est de créer un point d’entrée unique vers les pharmacies françaises. »
Avec l’Union des Groupements de Pharmaciens d’Officine (UDGPO), Federgy porte le développement de « Ma Pharmacie en France » pour mettre fin à la dispersion du numérique officinal et rendre l’offre plus lisible dans un environnement saturé. « Ce n’est pas un projet d’enseigne, mais un projet de réseau. Il s’adresse à toutes les officines, quels que soient leur taille, leur groupement ou leur localisation. » La philosophie est claire : mutualiser sans marchandiser. Le portail vise la proximité et la confiance, en valorisant le rôle de santé publique du pharmacien plutôt qu’une logique purement transactionnelle.
Une vitrine commune, pas une marketplace
Le site se veut une vitrine nationale d’intérêt collectif, et non une place de marché. Chaque officine disposera d’une page dédiée (coordonnées, horaires, spécialités, services, actualités locales) et de modules activables : prise de rendez-vous, click & collect, conseils santé. « Nous ne voulons pas d’un site centré sur la vente », insiste Alain Grollaud. « Le numérique doit prolonger le comptoir, pas le remplacer. Le conseil reste au cœur. »
L’ambition est aussi éditoriale : proposer des contenus santé validés, utiles au grand public, et homogénéiser l’accès aux services sans gommer l’identité locale. À moyen terme, la plateforme intégrera la vente en ligne de médicaments sans ordonnance (OTC), de parapharmacie et de compléments alimentaires, ainsi que la livraison à domicile opérée par des prestataires agréés. L’objectif n’est pas de « faire comme les géants », mais d’ancrer l’officine dans les usages numériques sans rompre avec la proximité.
Le projet accuse du retard, le temps de consolider les dispositifs de cybersécurité.
Souveraineté et cybersécurité : des choix non négociables
Dans un contexte de recrudescence des cyberattaques dans le secteur de la santé, les partenaires ont revu l’ensemble des briques informatiques et multiplié les audits au cours de l’été 2025. Le socle technique, développé avec La Poste Santé et Autonomie, filiale numérique du groupe La Poste (création d’une joint-venture détenue à 67 % par les acteurs du réseau officinal), repose sur un hébergement intégralement français, certifié HDS et conforme RGPD. « Nous tenions à un hébergeur souverain et à la maîtrise des données, explique Alain Grollaud, président de Federgy. La crédibilité du projet en dépend. »
Les protocoles d’accès, la supervision et les plans de reprise d’activité (PRA/PCA) ont été renforcés pour garantir la résilience de la plateforme. Concrètement, seules les données strictement nécessaires aux services seront traitées, avec des durées de conservation maîtrisées et une traçabilité complète des flux. Le portail sera exemplaire sur la protection des données de santé, symbole d’une souveraineté numérique assumée.
Le succès du projet reposera sur l’adhésion du plus grand nombre : une masse critique d’officines devra rejoindre la plateforme pour en faire un outil réellement visible et utile au réseau.
Gouvernance partagée, équité et interopérabilité
La gouvernance bicéphale Federgy–UDGPO coordonne le chantier avec des groupements partenaires au sein de comités de travail. L’Ordre des pharmaciens est informé des avancées, sans rôle opérationnel.
« C’est un projet collectif qui n’appartient à personne. Chaque acteur doit pouvoir y contribuer, quel que soit son groupement ou son enseigne », rappelle Alain Grollaud.
Le dispositif reposera sur des connecteurs avec les logiciels de gestion officinale (LGO) pour éviter les doubles saisies ; l’affichage privilégiera l’équité (pas de survalorisation d’enseigne), avec un référencement clair par proximité et services. Côté pharmacie, la fiche reste sous contrôle de l’équipe : mise à jour des horaires, services, contacts et accès à des indicateurs simples (consultations, demandes, prises de RDV).
Cette approche vise un gain de temps en back-office (moins d’outils, mieux intégrés) et une meilleure visibilité en front office, au bénéfice du local.
Le succès du projet reposera sur l’adhésion du plus grand nombre : une masse critique d’officines devra rejoindre la plateforme pour en faire un outil réellement visible et utile au réseau. Mais le projet accuse du retard. Initialement prévu pour octobre 2025, son lancement est reporté à 2026, le temps de consolider les dispositifs de cybersécurité. « Mieux vaut avancer prudemment que risquer un faux départ », conclut Alain Grollaud.
Peggy Cardin-Changizi
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