Écho-stéthoscopie - Une révolution annoncée : voir au lieu d’écouter

Écho-stéthoscopieUne révolution annoncée : voir au lieu d’écouter

Michel Le Taillanter
| 11.05.2017

L’écho-stéthoscopie, développée par le Dr Pierre Bourrier, échographiste à l’hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP), entend devenir le compagnon inséparable de l’examen clinique. Mais avant, il faudrait passer par une version numérique, l’EchOpen, pour le rendre accessible au plus grand nombre de médecins.

Allongé sur le lit du box 13 des urgences de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), le patient ukrainien, torse nu, avait été admis quelques heures auparavant pour des douleurs abdominales associées à des troubles du transit. En entrant dans le box, le Dr Arben Elezi, urgentiste, sortit son écho-stéthoscope de la poche de sa blouse blanche. Après avoir enduit de gel l’abdomen du patient, il y déplaça lentement la petite sonde échographique et identifia rapidement un calcul rénal sur l’écran de l’appareil de la taille d’un téléphone portable. Trente minutes plus tard, le patient pouvait retourner à son domicile avec un traitement. « Cet appareil m’a permis de poser rapidement le bon diagnostic basé sur l’imagerie au pied du lit du patient. Sans lui, le patient aurait pu attendre environ 6 heures avant de passer un scanner pour le même diagnostic », explique le Dr Elezi.
L’écho-stéthoscope permet ainsi de « remettre de l’imagerie de façon simple et rapide dans le raisonnement clinique », souligne le Dr Pierre Bourrier, échographiste au service de radiologie de l'hôpital Saint-Louis et inventeur de cet appareil.
Il y a 25 ans, lorsque les premiers échographes portables apparaissent sur le marché, Pierre Bourrier les comparent aux appareils d’échographie sophistiqués ; puis, il établit des structures, des fonctions aussi, des « cibles » à reconnaître, à étudier, afin de répondre aux interrogations les plus fréquentes, les plus pressantes des cliniciens. « Établir ce que l’on peut voir et ce que l’on peut dire, délimiter le champ du possible et marquer ses limites – car il fallait aussi ériger un barrage contre les dérives ». En hommage à Laennec, ce petit appareil portable est baptisé écho-stéthoscope.
« L’écho-stéthoscope, simple d’utilisation, vient en complément de l’examen clinique pour orienter la prise en charge du patient. Il a sa place partout, en médecine générale, à l’hôpital dans tous les services dont les urgences… Les médecins qui l’ont adopté ne peuvent plus s’en passer », précise le Dr Bourrier.
L’écho-stéthoscope répond au désir des cliniciens de réaliser un examen clinique complet sans perte de temps et de chance pour les patients. Il répond à leur besoin de poser le bon diagnostic ou d’orienter si nécessaire rapidement le patient vers le bon spécialiste. Il répond également à l’obligation de moyens pour le clinicien vis-à-vis du patient. Pour le système de santé, cet appareil d’imagerie portable permettrait de réaliser des économies substantielles et aurait un impact sur l’organisation des parcours de soins en les fluidifiant comme l’illustre ce patient.
Seul bémol aujourd’hui, son prix qui avoisine les 10 000 euros. « Mais à 500 €, les médecins généralistes seraient prêts à l’acheter », ajoute le Dr Bourrier qui a mené une enquête auprès de ses confrères généralistes. D’où son idée de développer, en partenariat avec une start-up, l’EchOpen, le premier prototype fonctionnel d'écho-stéthoscope numérique open source. Un véritable projet collaboratif qui permettrait de visualiser une image échographique du corps au moyen d’une sonde open hardware reliée à un smartphone ou une tablette numérique. « C’est une grande avancée pour démocratiser cette technique dans les déserts médicaux, dans les pays émergents… », souligne le Dr Bourrier qui, déjà, teste l’écho-stéthoscopie au Congo ou au Gabon dans l’hépatite C et des pathologies thyroïdiennes.
Plus globalement, le projet EchOpen prend place dans un programme d’optimisation de l’examen clinique par des outils numériques de diagnostic. « Nous travaillons également sur des outils numériques simples d’analyse biologique ou d’ECG numérique dans l’objectif de permettre au médecin généraliste d’avoir à sa disposition rapidement dans son cabinet le maximum d’informations médicales sur le patient qui consulte », conclut le Dr Bourrier. À l’heure des algorithmes, les gardiens de l’examen clinique veillent.

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