La dermatite de contact

Publié le 02/06/2020

Essentiellement constituée de lésions papulovésiculeuses prurigineuses, la dermatite de contact a bien sûr une composante inflammatoire. Son origine exogène la distingue des dermatites ayant une origine endogène (dermatite atopique, etc.) mais toutes impliquent le système immunitaire.Épidémiologie. Représentant à elle seule 70 % à 90 % des déclarations, la dermatite de contact est la dermatose professionnelle la plus fréquente. Son incidence annuelle est comprise entre 10 et 90 cas pour 100 000 employés année. C’est l'une des causes habituelles de maladie professionnelle indemnisable. Affectant surtout des sujets jeunes, elle est favorisée par des antécédents de dermatite atopique.Principaux types. La dermatite de contact fédère trois entités que leurs caractéristiques différencient dans les présentations les plus typiques : elles n’en sont pas moins proches au plan clinique comme histologique.- Dermatite de contact irritative. La dermatite irritative résulte d’une sollicitation cutanée aspécifique, excessive et généralement récurrente, par des substances chimiques telles que l’eau, les savons, les désinfectants, etc. Des facteurs mécaniques (frottements, pression, abrasion, coupures, etc.) et thermiques (chaleur, froid) ou un rayonnement ultraviolet sont également connus pour provoquer ou aggraver l’inflammation. Cette forme est la plus fréquente des dermatites de contact (70 % à 80 % des cas). Souvent d’origine professionnelle, elle peut s’observer après une exposition unique à un irritant mais elle résulte généralement d’une exposition cumulative altérant progressivement la peau et faisant le lit d’une agression cutanée par des produits longtemps restés bien tolérés. Elle est secondaire à l’activation de l’immunité innée et non de l’immunité adaptative comme dans la dermatite allergique (ci-dessous) : lors d’une agression, les kératinocytes sécrètent des cytokines favorisant le recrutement sur le site lésé de leucocytes producteurs de médiateurs pro-inflammatoires, d’où survenue d’un eczéma.- Dermatite de contact allergique. L'allergie est une réaction inappropriée et excessive de la réponse immune adaptative de l’organisme au contact d’un composé exogène qui, chez la plupart des individus, n’induit pas de réaction spécifique. Phénomène retardé, la dermatite allergique se développe en deux phases successives : sensibilisation puis déclenchement.L’agent sensibilisant exogène est le plus souvent une substance de faible masse moléculaire non immunogène. Une fois qu’il a traversé la peau, il s'associe à une protéine endogène pour former un allergène complet. Capté par les cellules dendritiques de l'épiderme, il est présenté aux lymphocytes T des ganglions lymphatiques qu’il sensibilise. Cette phase asymptomatique dure de quelques jours à plusieurs années.Le déclenchement survient en 24 à 48 heures chez un sujet déjà sensibilisé et mis à nouveau au contact avec l'allergène. Ce dernier est présenté aux lymphocytes et ceux-ci, sensibilisés, prolifèrent et suscitent une cascade de réactions pro-inflammatoires aboutissant à l’infiltration cellulaire cutanée et à la constitution des lésions eczémateuses.Les substances susceptibles de déclencher cette dermatite sont nombreuses et souvent banales : elles font partie de l’univers domestique comme professionnel. L’allergie au latex, par exemple, concerne entre 1 % et 5 % de la population, surtout certains groupes à risque : patients multi-opérés, personnels de santé, professions exposées au latex (allergie reconnue comme maladie professionnelle), patients atteints d’allergies alimentaires du groupe latex-fruits (kiwi, banane, avocat et châtaigne), sujets atopiques.Les photoallergènes sont responsables de dermatite après exposition aux rayons ultraviolets (lumière du soleil) : c’est le cas pour certains médicaments ou produits cosmétiques.- Dermatite de contact aux protéines. Cette dermatite se rapproche de la dermatite allergique, les allergènes mis en jeu étant des protéines animales (arthropodes, poissons, viande, abats, sang, etc.) ou végétales (fruits, légumes, épices, plantes aromatiques, graines, farines). Elle affecte les personnels du secteur alimentaire (boulangers, bouchers, cuisiniers…), les vétérinaires, les éleveurs et les employés des laboratoires élevant des animaux.S’il est possible de différencier les types de dermatites de contact par l’examen clinique, le contexte et la sensibilité aux tests cutanés, cette distinction reste délicate en pratique, car, malgré leurs différences, les diverses formes en sont volontiers intriquées. Une dermatite d'irritation altère la peau et facilite dès lors une pénétration qui conduit souvent, secondairement, à l'apparition d'une dermatite allergique : l'exemple classique en est la dermatite dite « de la ménagère » due à une irritation chronique liée à l'utilisation de détergents finissant par se compliquer d'une allergie aux produits d'entretien. De plus, une dermatite de contact peut coexister avec une dermatite atopique : les anomalies de la barrière cutanée associées à cette dernière accroissent la sensibilité vis-à-vis des agents irritants et la pénétration cutanée est favorisée par la carence en lipides de surface (xérose). Un sujet atopique est donc plus à risque de développer une dermatite d’irritation et, dans une moindre mesure, une dermatite allergique.Le traitement d’une dermatite de contact est étiologique : c’est l’éviction de l’allergène, avec souvent régression des lésions en 2 à 3 semaines. Face à des lésions sévères, il est possible de prescrire un dermocorticoïde. Des antihistaminiques oraux apportent parfois un certain soulagement (les gels antihistaminiques souvent irritants sont évités) ; des cas extrêmes justifient, à court terme, un traitement corticoïde systémique. Après la poussée aiguë, l’usage d’une crème hydratante lutte contre la sécheresse cutanée.Prévention. Un diagnostic précoce et l’application de mesures adéquates préviennent l’extension et l’aggravation d’une dermatite de contact.- Éviter tout contact avec les substances déclenchantes. Le port de gants (intacts, propres, secs à l’intérieur, sur une durée aussi limitée que possible) lors du travail avec des substances irritantes ou allergènes ainsi que l’utilisation régulière d’une crème de protection pour la peau évitent efficacement le développement d’une dermatite de contact aux mains.- Les sujets atopiques doivent être vigilants : ainsi, un eczéma atopique étendu peut être traité par une huile de bain elle-même à l’origine d’une allergie de contact - la règle sera donc de penser, face à un eczéma atopique ne réagissant pas favorablement au traitement habituel, à un eczéma de contact allergique surajouté -.- L’utilisation de produits d’entretien et de soins à pH neutre évite la survenue d’irritations supplémentaires.- Éviter de se laver les mains à l’eau trop chaude, qui aggrave l’irritation cutanée : toujours se sécher soigneusement après lavage. Ne pas porter de bagues au travail : des irritants piégés sous le bijou peuvent léser la peau. Appliquer régulièrement un émollient sur les mains.- Lors de l’achat de bijoux fantaisie, éviter les alliages contenant du nickel.


Source : lequotidiendupharmacien.fr