La prise en charge des plaies chroniques exsudatives

Publié le 27/05/2022

Les objectifsLa prise en charge de ce type de plaies s’inscrit en général dans la durée et les objectifs sont multiples. En premier lieu, c’est évidemment la cicatrisation de la plaie qui est recherchée. Mais il faudra également trouver la cause des lésions et la supprimer, prévenir et traiter les complications, prendre en charge la douleur éventuelle du patient et enfin améliorer son état général s’il y a lieu.Le traitement de la causeAfin de prendre en charge correctement une plaie chronique mais aussi de prévenir les récidives, l’étiologie de la lésion doit être recherchée et corrigée. Ainsi, en cas d’escarre, il est indispensable de réduire la compression de la plaie. Cela passe par une plus grande mobilité si possible ou à défaut par des changements de position réguliers et l’usage de matelas et coussins adaptés.Pour ce qui est des ulcères, le rétablissement de la circulation sanguine locale est primordial. En cas d’ulcère veineux, le port de bandes de contention est indispensable et l’observance devra être surveillée. Le port de chaussures avec une pointure supplémentaire voire de chaussures CHUT ne sera pas inutile. En cas d’ulcère artériel, une prise en charge chirurgicale de revascularisation (pontage, dilatation) peut s’avérer nécessaire, associée à la correction des facteurs de risque cardio-vasculaires.Enfin, la prise en charge d’une plaie de pied diabétique impose une mise en décharge dès le début et ce jusqu’à cicatrisation complète.Les soins locauxLes soins locaux d’une plaie chronique doivent être effectués par un(e) infirmier(ère) et répétés régulièrement, le plus souvent tous les 2 à 5 jours. La plaie doit tout d’abord être nettoyée à l’eau savonneuse ou au sérum physiologique puis le pourtour de la plaie doit être séché soigneusement. L’emploi d’antiseptiques est déconseillé car cela peut retarder la cicatrisation et entraîner un risque de sensibilisation. Puis, une phase de détersion mécanique permet d’éliminer les tissus nécrotiques et/ou fibrineux. À noter que ce geste peut être douloureux. Le médecin prescrira dans ce cas une prémédication antalgique. Puis un pansement primaire adapté aux caractéristiques de la plaie sera appliqué pour favoriser la cicatrisation en milieu humide. Enfin, un pansement secondaire peut éventuellement être posé sur le primaire.Les pansements adaptésLes pansements adaptés aux plaies chroniques exsudatives sont nombreux. Il s’agit de dispositifs absorbants voire super-absorbants capables de réguler l’humidité afin de créer un environnement propice à la cicatrisation. Les catégories de pansements recommandés en cas de plaie exsudative sont les suivantes :- Les alginates : ces pansements sont composés principalement d’alginates (polymères d’acides alginiques extraits d’algues brunes), avec ou sans carboxyméthylcellulose. Ils sont dotés d’un fort pouvoir absorbant et de propriétés hémostatiques. Ils se transforment en gel au contact du sang et des exsudats.- Les hydrocolloïdes : ces pansements ont plusieurs couches. D’abord une couche interne composée de carboxyméthylcellulose sodique dispersée dans une masse de gomme élastique et adhésive avec plus ou moins de la pectine et/ou de la gélatine. Elle absorbe les exsudats et se transforme en gel. De plus, elle adhère à la peau saine et pas à la plaie. Puis une couche externe faite d’un film, de mousse de polyuréthane, d’un film non tissé de polyamide ou de polyester. Attention, ils sont contre-indiqués en cas de plaie infectée en raison de leur caractère occlusif et dans le cas de plaie du pied diabétique.- Les hydrofibres : ils sont composés de fibres non tissées de carboxyméthylcellulose pure et se transforment en gel au contact des exsudats. Ils sont caractérisés par leur fort pouvoir absorbant.- Les hydrocellulaires : ce sont des pansements multicouches constitués de polymères, généralement de la mousse de polyuréthane. Ils ont un pouvoir absorbant de longue durée grâce à la couche interne du dispositif. Celle-ci est capable de se gorger d’exsudats mais n’adhère pas ou peu à la plaie et possède une interface qui assure un retrait aisé et indolore du pansement. La couche externe est imperméable aux liquides et bactéries et perméable aux gaz. Attention, ils sont contre-indiqués en cas de plaie infectée sauf si une antibiothérapie par voie générale a été mise en place.Le traitement de la douleurLa douleur, qu’elle soit permanente ou liée aux soins, doit être prise en charge. Pour cela, le médecin peut faire appel à tous les types d’antalgiques oraux ou injectables, des paliers 1 à 3. Des traitements locaux à base de lidocaïne et prilocaïne sont également possibles.La prise en charge globaleLa cicatrisation d’une plaie chronique n’est pas uniquement dépendante de facteurs locaux. L’état général du patient doit systématiquement être évalué et les facteurs de risque ou aggravants pris en charge. Ainsi, le traitement d’une éventuelle dénutrition est indispensable pour permettre la cicatrisation.L’étude du poids du patient corrélé à son IMC (Indice de Masse Corporelle) et ses analyses biologiques (dosage de l’albuminémie et de la pré-albuminémie) permettra de savoir si une complémentation nutritionnelle est nécessaire. D’autres facteurs doivent également être pris en compte : l’état d’hydratation du patient, la présence de pathologies associées, d’une anémie, la nécessité d’un traitement anti-infectieux…


Source : lequotidiendupharmacien.fr