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Coronavirus : les pharmaciens au cœur de la crise

Par
Marie Bonte -
Publié le 02/03/2020
L’épidémie du coronavirus met une nouvelle fois en lumière les compétences du pharmacien comme acteur de santé de premier recours. Il est attendu dans ce rôle tant par les pouvoirs publics, qui s’appuient sur le réseau dans la lutte contre la propagation du virus, que par les patients eux-mêmes.
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Crédit photo : GARO/PHANIE

Face aux patients, le pharmacien doit répondre à de multiples interrogations, désamorcer les inquiétudes, combattre les idées reçues, mais aussi prendre les alertes au sérieux et repérer les cas « suspects » afin d'assurer leur prise en charge dans les meilleurs délais.

Informer, rassurer, orienter

Si en matière d’épidémiologie la situation fluctue de jour en jour, certaines informations, telles que la période d’incubation – entre 5 et 14 jours — au cours de laquelle le patient est contagieux, peuvent être diffusées de manière permanente. Ou encore, le taux de létalité de l'infection communiqué par l'OMS, 3 %, et qui s'élève à 14,8 % pour les plus de 80 ans.

Spécialiste du médicament, le pharmacien peut être également interpellé sur l’existence de traitements. Ainsi, la chloroquine a été évoquée par une étude chinoise pour ses signes d'efficacité contre les pneumonies induites par le coronavirus. Toutefois, en attendant d’autres études qui viendront confirmer cette piste, l'antipaludéen n'est pas à ce jour un traitement recommandé en cas d'infection par le COVID-19. Et encore moins en prévention…

Le recours à la pédagogie sera également utile pour démentir les rumeurs les plus folles qui courent sur les potentiels remèdes miracle – allant de la cocaïne aux huiles essentielles en passant par les probiotiques ou l'ail bouilli — et les barrières de protection les plus fantaisistes. Dans ce registre, le port du masque dans les conditions définies par les autorités sanitaires et l’utilisation de gel hydroalcoolique restent les meilleurs – et uniques à ce jour — réflexes à adopter. Hormis le confinement lorsqu’il est ordonné par les autorités.

Consulté spontanément par un patient revenant d’une zone à risque ou ayant été en contact avec une personne, même asymptomatique, susceptible d’avoir contracté le virus, le pharmacien doit mettre en place les mesures requises face à un cas « suspect ou possible ». Une solution hydroalcoolique doit être mise à la disposition du patient pour qu’il se désinfecte les mains et un masque chirurgical doit lui être apposé pour limiter la contamination de l’entourage. Parallèlement, le SAMU centre 15 doit être contacté sans délai, des mesures barrières doivent être mises en place (masques, solution hydroalcoolique, gants non stériles à usage unique, lunettes de protection, thermomètre sans contact) enfin les clients présents dans l'officine doivent être éloignés mais également recensés afin de pouvoir évaluer a posteriori le risque de contact en cas de confirmation de l'infection.


Masques : protection maximum


Assaillis depuis plusieurs semaines par la population en demande de masques, les pharmaciens ont désormais bien des difficultés à répondre à cette sollicitation. À rappeler que les masques chirurgicaux ne concernent a priori que les personnes suspectes. À porter dès les premiers symptômes, ils évitent, lors de l’expiration, la projection d’agents infectieux transmissibles. En revanche, les masques FFP2 sont les seuls capables de protéger les personnes non-atteintes (les masques FFP1 ne protégeant que de la poussière !). Ces appareils de protection respiratoire jetables filtrant les particules et les agents infectieux transmissibles via l'air et protégeant contre le risque de transmission par « gouttelettes » ne protègent efficacement que de trois à huit heures. Il est impératif, après retrait, de les contenir dans un sac plastique et de se laver soigneusement les mains.

Le 26 février, les pharmaciens ont vu apparaître un message DP sur leur informatique : le ministère de la Santé a décidé de mettre à disposition des masques chirurgicaux issus de ses stocks. Acheminés dans les officines par les grossistes-répartiteurs, ces masques chirurgicaux sont destinés à être distribués par les pharmacies aux professionnels de santé, sur présentation d’un bon de l’assurance-maladie. À ce stade, la distribution à la population n’était pas envisagée mais la situation pourrait évoluer en fonction de la progression de l’épidémie.

Stock de médicament : éviter la panique

Aujourd’hui, les seuls médicaments disponibles contre le COVID-19 sont des traitements symptomatiques. Le surstockage de ces produits (antipyrétiques notamment), qu’il soit le fait de patients ou de pharmaciens, doit être absolument proscrit afin de ne pas provoquer de pénurie dans la chaîne du médicament. À rappeler que les grossistes-répartiteurs sont tenus par obligations légales de détenir un stock permettant de satisfaire au moins deux semaines de consommation et référençant au moins les 9/10e des présentations des médicaments exploitées en France.

Une grande inconnue subsiste cependant concernant l’approvisionnement à moyen terme des laboratoires européens en principes actifs dont 80 % sont fabriqués hors de l'Europe, et principalement en Asie (Inde et Chine), comme l'a récemment rappelé l'Académie nationale de pharmacie dans une mise en garde. Convaincu de la nécessité de recouvrer une souveraineté européenne dans la production de principes actifs, Sanofi a annoncé le 24 février la création d’une nouvelle entité regroupant six sites européens de fabrication de principes actifs pharmaceutiques (API). Un nouvel acteur qui devrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement de l’Europe mais qui est encore loin d’être opérationnel pour affronter la paralysie actuelle de l'économie chinoise.

Marie Bonte

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3583