Comment désamorcer la pression à l'hôpital ?

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Publié le 20/04/2022

« Quels remèdes apporter à un hôpital public au bord de l'asphyxie, entre pénurie de soignants et fermeture de lits ? », interroge Betty Mamane, directrice de la rédaction d' « infirmiers.com ».

Patrick Barriot, référent santé de Marine Le Pen, confirme ce diagnostic « alors que la pandémie a démontré le manque de lits dans certains secteurs et plus précisément en réanimation ». « Les suppressions de lits ont continué à travers des fermetures administratives au cours de la pandémie, 7 500 en 2020, 18 000 au total pendant le quinquennat de Monsieur Macron, mais il y a aussi eu des fermetures par manque de personnels infirmiers. Ce n'est pas le tout de dire qu'on va recruter. Cela passe par l'attractivité », dénonce le référent santé de Marine Le Pen. Et si le Ségur de la santé a quelque peu revalorisé les salaires – 183 euros- le niveau salarial n'est remonté que de dix points et reste inférieur de 10 % à la moyenne des pays de l'OCDE. D'où l'urgence, insiste Patrick Barriot.

Mais pour lui, l'attractivité passe également par une revalorisation intellectuelle, une universitarisation des études, mais aussi une amélioration des conditions de travail. « Il faut enrayer la perte de sens du métier et l'épuisement qui peuvent mettre en danger la vie des patients. » Un programme ambitieux mais avec quel budget ? Interpellé par Betty Mamane, le référent santé du Rassemblement national ne se démonte pas. « Ces mesures ne nécessitent pas des dépenses supplémentaires », affirme-t-il.

Selon lui, les économies sont à chercher, selon lui, du côté d'une plus grande pertinence des soins, dans la prévention, dans la lutte aux prestations sociales via la carte Vitale biométrique et par la suppression de l'AME. Une option que refuse totalement François Braun, référent santé d'Emmanuel Macron. « L'aide médicale d'État (AME), précise-t-il, ne représente que 0,5 % du budget de la Sécurité sociale. » Il insiste sur la contre-productivité d'une telle mesure. Car, affirme-t-il, vouloir restreindre cette aide aux situations d'urgence va provoquer une ruée vers les services des urgences. Sans compter que plus une situation est prise en charge tard, et plus elle est coûteuse.

Pour la République en marche, la crise de l'hôpital public est avant tout le symptôme d'une perte de sens de la part des soignants et d'une désorganisation du système de santé. « Aux urgences, nous sommes bien placés parce qu'on est entre ce bloc hospitalier et ce bloc libéral et on subit les défauts des uns et des autres. » Il refuse cependant de résumer ce mal-être de l'hôpital à une question de lits. « Le nombre de lits, en lui-même, n'est pas le problème le plus aigu. Cette diminution des lits se retrouve dans tous les pays industrialisés, les pays européens connaissent ce phénomène, elle est liée à une évolution des prises en charge, on suit maintenant une chimiothérapie orale à domicile… », affirme-t-il, ajoutant que des lits ont été supprimés pendant la pandémie pour permettre à des patients d'être seuls dans une chambre. Ou bien par ricochet, parce que le personnel manquait.

Pour assurer la réouverture de lits disponibles, il faut attirer des soignants à l'hôpital. Tandis que le Ségur est considéré comme « un traitement symptomatique, qu'il fallait faire », « un paracétamol qui a fait baisser la fièvre », la maladie n'a pas été soignée, convient le Dr Braun. « La maladie de l'hôpital public est plus profonde. Le cadre réglementaire en est la cause », révèle-t-il. Il rappelle qu'Emmanuel Macron a l'intention de s'attaquer à ce mal, d’alléger les soignants de ces tâches administratives indues qui captent 50 % de leur temps, « de ces tableaux excel que personne ne lit ! ». Quelle est la plus-value d'un soignant qui commande un repas ? interroge-t-il. « On va redonner du temps de soins aux soignants », promet François Braun. Quant aux salaires, il y aura un après-Ségur. Même si, affirme-t-il, les salaires ne sont pas la revendication première.

M. B.

Source : Le Quotidien du Pharmacien