À la Une

Pas de confinement pour le médicament

Par
Marie Bonte -
Publié le 27/03/2020
Le COVID-19 sème des obstacles sur le chemin du médicament. Face aux mesures de confinement et à la réglementation des déplacements, grossistes-répartiteurs comme pharmaciens revoient leur organisation logistique pour répondre aux impératifs de la lutte contre l’épidémie tout en assurant la continuité des traitements auprès des patients.
pharmacie confinement

pharmacie confinement
Crédit photo : AFP

À moyens termes, la crise sanitaire que traverse le monde risque de rebattre les cartes des stratégies en approvisionnement de médicaments à l’échelle mondiale, et devrait selon les observateurs, conduire à une reconstitution de l’appareil productif sur le sol français (voir article « abonné »).

Pour l’heure, cependant, l'épidémie touche essentiellement les tout derniers kilomètres de la chaîne du médicament. En amont de l'officine, d'abord. Ainsi, moins d’une semaine après l’annonce du confinement et de la réglementation des déplacements, deux grossistes-répartiteurs décidaient de passer à la livraison quotidienne unique. Pour l’OCP, cette décision a été prise en application « des consignes du gouvernement visant à limiter les flux de circulation, les interactions sociales et professionnelles dans l’objectif de restreindre la circulation active du coronavirus ». Elle ne concerne pour l’instant que ses trois établissements d’Ile-de-France. Phoenix Pharma de son côté a pris une mesure identique, mais à l’échelle hexagonale. Il s'agit aussi, insiste Jean Fabre, directeur général de Phoenix Pharma, de protéger la santé des salariés. Une seule livraison permet en effet une nouvelle organisation du travail qui prévoit de respecter les préconisations de distanciation sociale. Comme OCP qui garantit que « cette adaptation n’aura pas d’impact sur la disponibilité de la collection, ni sur l’accès aux soins des traitements des patients », Phoenix Pharma affirme que les pharmaciens seront approvisionnés dans des conditions normales. « Toutes les commandes en médicaments seront livrées », rassure Jean Fabre. Il précise par ailleurs qu’il en sera de même pour les commandes de parapharmacie. Car contrairement aux filiales italienne et allemande du groupe Phoenix qui concentrent désormais leurs livraisons sur le médicament, l’entité française a fait le choix de ne pas interrompre les livraisons de parapharmacie afin de ne pas exposer les pharmaciens à la concurrence d’autres canaux de distribution sur ces produits.

Croix Rouge et croix vertes

À l’officine aussi, l’épidémie de COVID-19 chamboule la délivrance du médicament. Après un afflux inédit de patients au cours des heures qui ont précédé le confinement, les titulaires et leurs équipes doivent faire face à une autre difficulté. Comment dispenser leur traitement à des patients vulnérables qui, par essence, ne peuvent user d’une attestation dérogatoire de déplacement pour se rendre à l’officine ? De nombreux acteurs, extérieurs au monde de la pharmacie, se sont engouffrés dans la voie de la livraison à l’officine. Parallèlement, la profession s’organise et offre ses propres solutions, balisées de surcroît par les bonnes pratiques de dispensation. Ainsi, certains groupements tels Pharmactiv, Pharmacie Référence Groupe et Réseau Santé, encouragent leurs adhérents à la livraison à domicile. La crise sanitaire est l’occasion pour les outils digitaux (envoi d’ordonnance, click & collect) de faire la preuve de leur pertinence : « le digital dans ce contexte de confinement, permet aux patients de communiquer avec leur pharmacien », notent ces trois groupements. Le service de livraison à domicile mis en place par Aprium, fin 2019, en partenariat avec Stuart, filiale de La Poste (voir article « abonné ») enregistre depuis le début de la crise plus de 50 commandes par jour.

Les solutions pour répondre à la fois aux impératifs de confinement et aux contraintes de protection contre le coronavirus à l’officine proviennent aussi des syndicats de pharmaciens. L’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) a demandé à l’assurance-maladie que « dans ce contexte exceptionnel et afin d’assurer la continuité des traitements, les dispensations à domicile puissent être indemnisées », indique Gilles Bonnefond, son président. Quant à la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), elle s’est inspirée de l’initiative des pharmaciens italiens et de la Croix Rouge italienne pour conclure un partenariat avec l’entité française. Face à la montée de l’épidémie, l'ONG a mis en place, « Croix-Rouge chez vous », un dispositif qui s’adresse aux personnes vulnérables confinées en situation d’isolement social. Chaque jour, de 8 heures à 20 heures, en composant le 09 70 28 30 00, elles peuvent bénéficier d’une écoute et d’un soutien psychologique, d’informations sur la situation, mais aussi de la possibilité de commander des produits de première nécessité livrés par des volontaires de la Croix-Rouge.

La FSPF s’appuie donc sur ce réseau de 55 000 bénévoles pour à la fois seconder les équipes officinales qui font face à une flambée de leur activité et permettre aux patients vulnérables de se protéger. Sur l’ensemble du territoire, à la demande des personnes confinées, un portage à domicile des médicaments sur ordonnance sous paquet scellé leur sera assuré et ce jusqu’au 31 mai. Renouvellement de traitement, dispensation d’une ordonnance envoyée à l’officine par le médecin, transmission de la prescription via une application : les trois situations sont prévues pourvu que le patient s’adresse à son pharmacien « traitant ». À cette condition, la prise en charge sera possible sans carte Vitale. En cas de reste à charge, la Croix Rouge effectuera l’avance de frais. Seule ombre au tableau, en l’absence de carte Vitale, l’inscription du traitement au DP n'est pas possible. Un dernier verrou que l'intervention du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens pourrait lever. Malgré des conditions de travail difficiles, les pharmaciens font preuve d'imagination pour trouver des solutions permettant d'assurer la continuité des soins.

Marie Bonte

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3590