Mesures exceptionnelles

Covid-19 : ce qui change au comptoir

Par
Mélanie Maziere -
Publié le 24/03/2020
Les mesures pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 ont des conséquences à l’officine. Afin de réduire les contacts, éviter l’encombrement des cabinets médicaux, assurer la disponibilité des traitements et du matériel, les pharmaciens sont mis à contribution. Les décisions temporaires dans ce sens paraissent régulièrement au « Journal officiel ».
doliprane

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Crédit photo : BURGER/PHANIE

• Renouvellement des ordonnances chroniques

Plusieurs textes ont été nécessaires pour affiner cette mission temporaire du pharmacien. Le but ? Réduire les déplacements au cabinet médical pour les patients chroniques stabilisés en cette période de confinement et éviter l’engorgement des médecins désormais en première ligne face à l’épidémie. Cette autorisation de renouvellement concerne les ordonnances expirées renouvelables et est possible jusqu’au 31 mai prochain. Dans ce cadre, la dispensation ne peut excéder un mois de traitement. Les hypnotiques faisant partie des traitements non renouvelables, les pharmaciens ne sont actuellement pas autorisés à les renouveler, malgré la demande des syndicats. Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens indique cependant qu’un arrêté en cours d’élaboration pourrait modifier les textes précédents en revoyant la notion de traitements chroniques. Plutôt que de s’appuyer sur le caractère renouvelable d’une ordonnance, il prendrait en compte les prescriptions consécutives constatées. Ainsi, un patient justifiant au moins de trois prescriptions consécutives pour un mois d’un hypnotique pourrait se voir renouveler son traitement en pharmacie. Reste à savoir si cette évolution espérée par la profession sera bien effective au « Journal officiel ».

En pratique, le pharmacien qui renouvelle un traitement doit apposer son tampon sur l’ordonnance, indiquer la date de délivrance et le nombre de boîtes fournies au patient, et informer le prescripteur.

• Restriction de délivrance du paracétamol

Face à la ruée sur le paracétamol, sa délivrance est désormais limitée. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a annoncé mardi dernier ces nouvelles mesures qui sont entrées en vigueur dès le lendemain. En l’absence d’ordonnance, la délivrance est d’une boîte pour les patients sans symptôme et de deux boîtes pour ceux présentant douleur et/ou fièvre. Ce rationnement ne concerne pas la délivrance sur ordonnance, le pharmacien remet alors la quantité prescrite par le médecin. Avec ou sans ordonnance, il est invité à inscrire ses délivrances de paracétamol sur le dossier pharmaceutique (DP) du patient.

• Suspension de la vente en ligne d’antidouleurs

L’ANSM a également suspendu la vente en ligne non seulement du paracétamol, mais aussi de l’ibuprofène et de l’aspirine. Comme l’a rappelé Olivier Véran, ministre de la Santé, tout comme l’ANSM, les anti-inflammatoires ne sont pas indiqués dans les douleurs et fièvres en cas d’infection. Accusés de masquer et de faire flamber l’infection, ils font déjà l’objet de reports de cas chez des patients atteints du coronavirus.

La suspension des ventes de ces trois spécialités sur Internet n’est pas du goût de l’Association française des pharmacies en ligne (AFELP), qui souligne que « la vente en ligne de médicaments permet aux pharmaciens de délivrer à distance des médicaments et contribue à la distanciation sociale pendant cette période de confinement ».

• Distribution ciblée et quantifiée des masques

Dans une lettre-réseau diffusée mercredi, la Caisse nationale d’assurance-maladie donne des directives précises quant aux quantités et au type de masques à distribuer aux personnels de santé. Elle différencie les professionnels en « zone d’exposition à risque reconnue au plan national » et le reste du territoire. Dans le premier cas, on notera par exemple que médecins, infirmières et pharmaciens sont dotés de 18 masques par semaine, 6 par semaine pour les masseurs-kinésithérapeutes et les sages-femmes prenant en charge des femmes enceintes et atteintes du Covid-19. Hors zone à risque, seuls les médecins généralistes, infirmières et pharmaciens reçoivent des masques, et dans les mêmes quantités qu’en zone d’exposition.

Le Centre national des professions de santé (CNPS) dénonce un rationnement qui ne permet pas d’assurer la sécurité des soignants. Il réclame aux pouvoirs publics de communiquer sur « la réalité de l’état du stock de masques de l’État, les prévisions de production et les dates précises auxquelles les prochaines distributions pourront avoir lieu ». Il demande à tous les professionnels de santé de « comprendre que les pharmaciens d’officine sont tenus de respecter strictement les consignes de l’État et de l’assurance-maladie ». Il appelle les professionnels « qui ont suspendu leur activité d’apporter leur matériel de protection aux soignants de première ligne ». Enfin, face au report du 2e tour des municipales, il prie les maires de « transférer de toute urgence aux professionnels de santé libéraux de leur commune, le matériel de protection et de désinfection qu’ils avaient reçu ».

Mélanie Mazière

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3589