Depuis le durcissement des règles de prescription du tramadol et de la codéine, les médecins se reportent sur d’autres antalgiques, notamment le néfopam et la poudre d’opium. L’assurance-maladie veille.
Depuis le 1er mars 2025, les médicaments à base de tramadol ou codéine (et dihydrocodéine) doivent être prescrits sur ordonnance sécurisée, limitée à 12 semaines. Un dispositif qui « fait déjà ses preuves en accélérant significativement le recul de la consommation de ces antalgiques de palier II », constate avec satisfaction la Caisse nationale de l’assurance-maladie (CNAM), lors de la présentation du panorama 2024-2025 des médicaments remboursés, le 14 janvier.
Selon les chiffres de la CNAM, entre 2022 et 2025, le volume de boîtes d’antalgiques de palier II remboursées, tous prescripteurs confondus, a reculé de 20,7 %, passant de 53 millions de boîtes en mars-septembre 2022 à 42,2 millions en mars-septembre 2025, avec une accélération marquée sur la dernière année. Sur la même période, le nombre de patients traités par tramadol chute de 45,5 % et celui de patients traités par codéine de 50,2 % entre mars-septembre 2024 et mars-septembre 2025. « Ce mouvement de baisse, observé dès la fin 2024, s’accentue davantage après l’introduction de l’ordonnance sécurisée », rapporte la caisse.
Or, en parallèle, ce sont les dispensations de néfopam, non soumis à une ordonnance sécurisée, qui progressent : + 12,2 millions d’euros remboursés par l’assurance-maladie entre 2024 et 2025, « suggérant un possible report partiel vers cette molécule », note la CNAM. Un report sur les médicaments à base de poudre d’opium est également suspecté.
Ce constat a été partagé entre l’assurance-maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). « À ce stade, il n’est pas question de modifier le champ des ordonnances sécurisées. Mais la situation est suivie de près », confie le Dr Sophie Kelley, responsable du département des produits de santé à la CNAM.
Sur les antalgiques, c’est un texte déjà bien avancé qui agite la profession : celui qui limite à deux boîtes la dispensation d’antalgiques de palier I. Or le paracétamol reste en tête des médicaments les plus remboursés en 2024-2025 en termes de volume (430,3 millions de boîtes remboursées pour 42,5 millions de personnes) et dans le top 10 des médicaments les plus remboursés en montants (371,6 millions d’euros, 8e place). Pour autant, la restriction de dispensation pour les antalgiques de palier I « n’a pas été provoquée par l’assurance-maladie pour des raisons financières », affirme Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM. Le texte est dans les mains de la ministre de la Santé.
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