Des patients qui remercient sur les réseaux sociaux leur pharmacien de les avoir dépannés en médicaments, des plateformes qui constatent une hausse des téléconsultations… À l’officine, quelles ont été les répercussions de la grève de dix jours des médecins libéraux, qui vient de s’achever ?
Du 5 au 15 janvier, les médecins libéraux ont fait grève. « Lundi, premier jour de mobilisation des médecins, l’activité a baissé de 15 % chez les généralistes libéraux et de 6 % chez les spécialistes par rapport à l’activité habituelle », a constaté la ministre de la Santé, le 7 janvier. Résultat : entre une épidémie de grippe sévère, une France sous la neige et des médecins en grève, le SAMU a enregistré 24 % d’appels en plus en une semaine, par rapport à la semaine du 8 décembre, selon la ministre. « Ces chiffres ne reflètent pas l’entièreté de ce mouvement », nuance Thomas Fatôme, directeur général de la caisse nationale de l’assurance-maladie (CNAM) lors d’une audition au Sénat du 15 janvier, rappelant qu’en octobre 2023, au moment des négociations conventionnelles, la baisse d’activité des généralistes s’élevait à 30 %.
« Dans mon secteur, les médecins font grève mais assurent les rendez-vous qui avaient déjà été pris avant le préavis. Mais il n’y a pas de consultation de dernière minute », témoigne une pharmacienne en Meurthe-et-Moselle. Spontanément, plusieurs pharmaciens interrogés constatent un attrait pour la téléconsultation : « Avec la grippe, les services d’urgence en tension et la grève des médecins, le SAMU de mon secteur prend des rendez-vous directement sur ma borne de téléconsultation pour les patients qui ne sont pas en urgence vitale et qui l’appellent. Cela crée un engorgement car les délais d’attente se rallongent aussi en téléconsultation », rapporte Guillaume Racle, co-président Ardennes-Marne de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et titulaire à Épernay (Marne). Près de Metz (Moselle), une équipe officinale constate sans appel : « Plus d’1h30 d’attente par téléconsultation ! »
Hausse de 23 à 50 % de téléconsultations
« Sur la période du 5 au 11 janvier, nous avons effectivement observé une hausse très marquée de la demande de téléconsultation en officine, liée à la combinaison de l’épidémie hivernale et de la grève des médecins libéraux. Dans ce contexte, le temps d’attente a été légèrement plus long que d’habitude, ce qui est un phénomène classique en période de tension sur l’offre de soins », explique-t-on chez Tessan, qui équipe 1 600 pharmacies et lieux de santé de bornes en France. Selon la société, même dans cette séquence de forte sollicitation, « la très grande majorité des patients a pu accéder à un médecin en officine en quelques minutes ». Tessan relève par ailleurs une hausse de 23 % de téléconsultations sur la première semaine de janvier versus la dernière semaine de décembre. Medadom, qui revendique équiper une pharmacie sur quatre, a doublé depuis le 5 janvier le nombre de consultations effectuées sur sa plateforme ou l’une de ses bornes en pharmacie. De son côté, Maiia (50 officines en France) n’a pas observé d’évolution marquée des téléconsultations, « la croissance étant similaire à la tendance des dernières semaines », note la société.
Autre dispositif de dépannage : le recours au renouvellement exceptionnel. À Paris, chez Yorick Berger, porte-parole de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et responsable des relations avec la chaîne du médicament, ce dispositif n’a pas significativement augmenté : « Soit les patients n’ont pas encore programmé leur rendez-vous, soit ils savent déjà depuis quelques mois qu’ils ont cette possibilité de prolongation. Donc pas de pic. Cela pourra se constater dans les semaines à venir si des rendez-vous ont été décalés. »
Plus généralement, la grève des médecins ne semble pas tant bousculer l’organisation des officinaux. À la question posée par « Le Quotidien du pharmacien » : « Depuis le début de la grève des médecins, avez-vous constaté une augmentation de renouvellements exceptionnels ou de téléconsultations ? », les élus FSPF répondent « non » à 79 % (80 répondants répartis sur tout le territoire), rapporte Lucie Bourdy Dubois, présidente de la commission Métier pharmacien de la FSPF et titulaire dans la Nièvre.
La grève des médecins « ne change pas notre quotidien, sauf sur l’aigu qui augmente, résume Yorick Berger. Par exemple, une patiente qui se fracture la cheville a des difficultés à voir un médecin pour le suivi, mais pour tout ce qui est affection de type angine ou grippe, nous avons les tests (TROD) qui permettent d’orienter les patients. »
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