En cas de grand froid, la prise de certains médicaments peut poser problème. Les benzodiazépines, les neuroleptiques, les antihypertenseurs et les vasodilatateurs, notamment, peuvent majorer le risque d’hypothermie. Par ailleurs, la vasoconstriction périphérique induite par le froid peut altérer l’absorption et l’élimination de principes actifs à marge thérapeutique étroite. Revue pratique des situations à risque.
Lorsqu’il fait froid, le corps met en place des mécanismes de thermorégulation pour maintenir la température corporelle : frissons, contractions musculaires, vasoconstriction, diminution de la température des mains et des pieds. Ces mécanismes peuvent avoir des répercussions : hypothermies (température corporelle centrale inférieure ou égale à 35 °C), asthme au froid, pathologies cardiovasculaires, thromboses artérielles, accidents vasculaires cérébraux, gelures… Le froid peut aussi décompenser certaines pathologies chroniques (affections cardiovasculaires, respiratoires y compris l’asthme, hypothyroïdie ou maladies neuropsychiatriques).
En cas d’épisodes de grand froid, des médicaments peuvent en théorie avoir un effet délétère sur l’adaptation de l’organisme au froid.
Aggravation des effets du froid
Certains médicaments peuvent en effet aggraver une hypothermie. C’est le cas des benzodiazépines et apparentés (par dépression du système nerveux central) et des neuroleptiques (par inhibition du mécanisme du frissonnement au niveau central et par action sur les centres thermorégulateurs) qui peuvent perturber la thermorégulation. Des antihypertenseurs (inhibiteurs calciques, inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II) et des vasodilatateurs (dérivés nitrés…), par leur mécanisme d’action, limitent la vasoconstriction des vaisseaux sanguins périphériques, un mécanisme de la thermorégulation indispensable qui permet de redistribuer le flux sanguin vers les organes vitaux.
Une attention doit être portée sur les médicaments agissant sur la vigilance (sédatifs et hypnotiques notamment) car, en provoquant une somnolence, une diminution de la réactivité ou encore des comportements inappropriés, ils peuvent altérer les capacités nécessaires pour lutter contre le froid.
Conséquences en pharmacologie
La vasoconstriction provoquée par le froid, si elle est utile pour maintenir la température corporelle, réduit le débit sanguin, modifiant la distribution et l’élimination des principes actifs : attention aux médicaments à marge thérapeutique étroite comme le lithium, la digoxine, la carbamazépine, l’acide valproïque, le phénobarbital…
La vasoconstriction de thermorégulation réduit aussi l’efficacité des médicaments administrés par voie sous-cutanée ou sous forme de patchs transdermiques (dérivés nitrés, fentanyl…).
Vérification du matériel
Attention aussi aux lecteurs de glycémie et au matériel associé (bandelettes, électrodes, solution de contrôle…) et penser à vérifier dans la notice les conditions de conservation. L’exposition pendant plusieurs jours à une température inférieure aux normes préconisées peut fausser un résultat.
La vasoconstriction des extrémités du corps et en particulier du bout des doigts peut rendre difficile l’obtention d’une goutte de sang pour mesurer une glycémie. Dans ces conditions, réaliser la mesure dans une atmosphère protégée (intérieur d’habitation, habitacle de voiture) en se lavant les mains avec de l’eau chaude pour lutter contre la vasoconstriction.
Dans tous les cas, l’adaptation d’un traitement médicamenteux en cours doit être envisagée au cas par cas, par un médecin.
Prévention
En cas de grand froid, il est recommandé d’appliquer les mesures suivantes : ne pas surchauffer son logement ; s’assurer de la bonne ventilation de son habitat pour renouveler l’air ; se couvrir convenablement, non seulement au niveau des extrémités et de la tête où les déperditions de chaleur corporelle sont les plus importantes, mais aussi du nez et de la bouche pour respirer moins d’air froid ; limiter les efforts physiques ; ne pas sortir les nourrissons et les jeunes enfants, même bien protégés.
De plus, faire réviser sa chaudière par un professionnel qualifié et éviter l’utilisation en continu d’appareils de chauffage d’appoint à combustible pour limiter les risques d’intoxication au monoxyde de carbone. Utiliser de bonnes chaussures afin d’éviter les chutes sur la neige ou le verglas.
Source : ameli.fr, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), Santé publique France
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