Complications pulmonaires du Covid-19

Des médecins québécois testent la colchicine

Par
Floriane Thiébaut -
Publié le 31/03/2020
Des médecins du Québec commencent une nouvelle étude dans le traitement des complications pulmonaires liées au Covid-19, grâce à un médicament déjà existant, la colchicine.
ICM MOntréal

ICM MOntréal
Crédit photo : DR

L’étude appelée COLCORONA, a débuté lundi 23 mars au centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal (ICM).

Son objectif ? Déterminer si le traitement par colchicine réduirait les complications pulmonaires et les décès liés au Covid-19 chez les patients développant des complications majeures. Les chercheurs se sont aperçus que certains patients atteints de coronavirus développeraient des « tempêtes inflammatoires majeures » (réaction excessive du système immunitaire) causant des difficultés respiratoires pouvant conduire au décès. C’est pour cette raison que l’équipe du Dr Jean-Claude Tardif, directeur de l’ICM, a posé son hypothèse sur la colchicine. Anti-inflammatoire bien connu dans le traitement de la goutte, elle pourrait ainsi réduire l’inflammation au niveau des tissus respiratoires et éviter ces complications.

Plusieurs indices ont mené les chercheurs sur la piste de la colchicine. En premier, le fait que les enfants développent rarement des complications après infection par le Covid-19, une conséquence de leur système immunitaire plus réactif (diminution plus rapide de la réaction inflammatoire). Deuxièmement, les complications graves seraient davantage dues à l’emballement du système immunitaire (inflammation dans les poumons ce qui empêche la respiration) plutôt qu’au virus lui-même. Et enfin, lors d’une étude menée sur des souris atteintes de grippe, celles-ci s'en sortaient mieux si l’action était ciblée sur la réaction inflammatoire par rapport à celle ciblant le virus en lui-même.

Réduire les cas graves et les hospitalisations

Si l’hypothèse de la colchicine se révèle intéressante, cela permettrait alors de réduire les cas graves et les hospitalisations. « Je suis le premier à dire que si on pouvait avoir un vaccin demain matin, ce serait l’idéal. Mais la majorité d’entre nous pense qu’il faudra entre 9 et 12 mois pour y parvenir. Il ne semble pas avoir d’antiviral vraiment efficace actuellement, alors on pense que prévenir les complications est l’une des approches les plus intelligentes à suivre », explique le Dr Tardif. L’équipe de chercheurs lance un appel pour recruter environ 6 000 patients atteints du coronavirus au Canada. On recense à ce jour environ 1 400 cas au Canada. Mais avec l’épidémie qui s’étend, le Dr Tardif espère avoir recruté le nombre de cas nécessaires d’ici à deux mois. Les critères d’inclusion pour l’étude sont : patient de plus de 40 ans, diagnostiqué positif au Covid-19, non hospitalisé, acceptant la prise de colchicine ou de placebo quotidiennement pendant 30 jours. L’étude est interdite aux femmes enceintes, qui allaitent ou qui n’ont pas de contraception. COLCORONA sera une étude randomisée, en double aveugle, contrôlée contre placebo, et supervisée par un comité d’experts indépendants. Le suivi se fera sur 30 jours par téléphone ou visites par vidéo. Cette étude a été mise au point en un temps record : équipes mobilisées nuit et jour, accord obtenu par Santé Canada en 24 heures et 200 000 comprimés de placebo et colchicine produits par l’entreprise montréalaise Pharmascience en une semaine. « C’est une première mondiale. C’est presque un miracle. En 7 jours, nous sommes partis de notre hypothèse. Plus de 125 personnes y ont travaillé. Puis nous avons soumis notre protocole à Santé Canada qui l’a approuvé en 24 heures. »

Floriane Thiébaut

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3591