Le témoignage de Patrick Angelvy, secrétaire général de Pharmaciens sans frontières 94

Situation médicale et humanitaire en Ukraine : « le pire est encore à venir »

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Publié le 21/04/2022
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Patrick Angelvy est secrétaire général de Pharmaciens sans frontières 94 (PSF 94) et délégué de l’Ordre de Malte sur le sud-est du Val-de-Marne, deux organisations qui viennent en aide des Ukrainiens.
Distribution de matériel médical et de médicaments à Lviv

Distribution de matériel médical et de médicaments à Lviv
Crédit photo : DR

Le Quotidien du pharmacien. - La poursuite des hostilités en Ukraine semble partie pour durer. Quels sont les échos avez-vous reçu de la situation sur place ?

Patrick Angelvy. - La situation médicale est catastrophique dans certaines régions. Mais avec la grande offensive dans l'Est et la chute de Marioupol, le pire est encore à venir. Les Russes ne vont pas s'arrêter là, et la demande de matériel médical et de médicaments d'urgence ne fera qu'augmenter. Nos correspondants et partenaires sur place s'attendent à de très nombreux blessés, ce qui va entraîner d'autres vagues de déplacés et de réfugiés. L'hypothèse d'utilisation d'arme chimique est également dans tous les esprits. Résultat, les demandes de bouteilles d'oxygène médical commencent à affluer.

Quelles actions mène Pharmaciens sans Frontières ?

Nous envoyons régulièrement par camion des médicaments et du matériel médical, conjointement avec nos amis de l'AMC (aide médicale et caritative France-Ukraine) ainsi que des associations sur place. Nous travaillons aussi avec les autorités ukrainiennes, qui nous envoient des listes de produits demandés d'urgence, aussi bien pour les civils que les militaires. L'urgence est dans la stabilisation des blessés et le sauvetage immédiat, plus que la rééducation. Du coup, ce qu'ils demandent, ce sont des compresses, des bandages, des pansements, des aiguilles pour les sutures et des aiguilles de décompression, des scalpels, et tout le matériel de la chirurgie d’urgence de guerre, comme les garrots à tourniquet, mais aussi des couvertures de survie. Il faut comprendre que ces produits sont consommés en masse. 2-3 bombes sur une gare qui font 200 blessés, ça veut dire énormément de médicaments et de soins utilisés. Nous essayons aussi d'envoyer des pharmaciens sur place afin d'aider les locaux, mais c'est encore en cours de négociation.

Avec qui coopérez-vous pour cet effort de guerre ?

Tulipe, ainsi que le réseau CERP, nous sont d'un grand secours. Que ce soit les grossistes, les pharmaciens, ou les hôpitaux, nous avons la chance d'être très bien entourés et soutenus. Les subventions de la mairie de Sucy-en-Brie et du Conseil général du Val de Marne, qui nous permettent d'acheter des médicaments à envoyer, ont été d'une aide considérable. On peut aussi citer le cas de nos amis d'ULIS (unité légère d'intervention et de secours), qui sont basés dans le sud de la France, et ont envoyé 15 de leurs membres en Ukraine, et ont apporté une ambulance tout équipée sur place.

Votre aide ne se limite pas à l'Ukraine elle-même…

Oui, nous aidons aussi à l'hébergement de dizaines de familles ukrainiennes en France. Beaucoup de ces réfugiés sont très perturbés et choqués. Nous nous mobilisons pour leur trouver du travail, des cours de français, des activités pour les enfants, les scolariser également. Nous avons vu une superbe vague de solidarité à travers toute la France. Dans un village de 150 personnes, grâce à l'association SORIAY Touraine, nous avons réussi à trouver un accueil pour 29 Ukrainiens !

Propos recueillis par François Tassain

Source : Le Quotidien du Pharmacien