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Faut-il avoir peur du moustique tigre pendant les « Jeux olympiques » ?

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Publié le 10/07/2024
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Crédit photo : DURAND FLORENCE/SIPA

La détection du premier cas de dengue autochtone, cette année, dans l’Hérault, relance les interrogations sur la possible contamination de la population – et sa rapidité- en période de « Jeux olympiques » par des virus transmis par le moustique tigre.

Alors que les températures remontent en Île-de-France, les inquiétudes se ravivent face à des risques sanitaires provoqués par le moustique tigre au cours de l’été. Ceci d’autant plus que, pour la première fois, cette année, un cas de dengue autochtone a été signalé lundi par l’ARS de l’Hérault. Parallèlement, dans ses données publiées hier, Santé publique France, fait état de l’identification depuis le 1er mai dans l’Hexagone de 781 cas importés de dengue, dont 678 dans les départements où l’implantation d’Aedes albopictus a été documentée (56 % des cas revenaient de Guadeloupe ou de Martinique), de 4 cas importés de chikungunya et de 1 cas importé de Zika. Toujours selon Santé publique France, entre le 1er janvier et le 19 avril, il a été recensé 13 fois plus de cas importés de dengue que l’année dernière sur la même période.

La veille active des autorités sanitaires est d’autant plus justifiée que les 28 °C attendus pendant les « Jeux olympiques » seront propices à la prolifération du moustique tigre et, par conséquent, à la transmission d’arboviroses par ce vecteur (la dengue, le chikungunya, Zika, Usutu, et le virus du Nil occidental). En juin déjà, l’équipe de chercheurs de l’équipe Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur * a sonné l’alarme en rendant public le temps nécessaire aux virus respectifs pour se multiplier en quantité suffisante dans la glande salivaire de la femelle afin de contaminer un être humain. Dans les perspectives de ces conditions atmosphériques, le virus du West Nile aura besoin de 3 jours avant d’être retransmis par le moustique, le virus du chikungunya et Usutu nécessitera entre 3 et 7 jours, quant à la transmission de la dengue et de Zika, un délai de 14 à 21 jours semble réaliste. « Les durées d’incubation extrinsèque varient selon les populations de moustiques tigres qui ne sont pas tout à fait les mêmes génétiquement et les températures locales qui sont différentes », relèvent les chercheurs.

Ces premières données sont cependant précieuses en termes de prévention, notamment d’actions de désinsectisation pour éviter la propagation de ces virus pendant les « Jeux Olympiques ». « Si un cas de dengue est détecté en Île-de-France, nous savons désormais qu’une désinsectisation doit avoir lieu dans les 21 jours. Ces résultats permettent d’ajuster la fenêtre de tir pour que l’approche soit optimale », souligne Anna-Bella Failloux, responsable de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur. « Selon les températures qui toucheront la région francilienne cet été, ces informations seront essentielles pour adapter les mesures d’endiguement. » D’après la scientifique, il faudra désormais apprendre à vivre avec le moustique tigre, présent sur la majorité des départements hexagonaux.

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L’Institut Pasteur rappelle que les professionnels de santé sont formés pour détecter les symptômes de ces arboviroses si les personnes signalent venir d’un pays endémique. La difficulté de la surveillance réside dans le fait que, notamment pour la dengue – maladie à déclaration obligatoire –, 80 % des cas présentent peu ou pas de symptômes. Il est donc recommandé à toute personne revenant de voyage et présentant des symptômes de fièvre ou courbature de consulter leur généraliste sans délai, et de préciser leur zone de provenance. « Le système d’alerte en France est performant, les process à suivre et les actions à enclencher sont déjà opérationnels grâce aux territoires ultramarins situés dans des zones endémiques, qui ont permis d’acquérir une expertise sur ces maladies et leur suivi épidémiologique. Mon équipe est affiliée au réseau Arbo-France et nous sommes contactés dès qu’un arbovirus est détecté », indique Anna-Bella Failloux.

*En collaboration avec l’Agence régionale de démoustication, le Centre national de référence des arbovirus (Inserm-Irba),


Source : lequotidiendupharmacien.fr