Coronavirus

Les pharmacies italiennes prises d’assaut

Publié le 27/02/2020
Depuis une semaine, le barrage de sécurité qui protégeait l’Italie s’est effondré. En moins de trois jours, le Covid-19 s’est installé dans le nord du pays et les pharmacies sont prises d’assaut par les résidents à la recherche de masques chirurgicaux et de gel antibactérien désormais introuvables.

Pour éviter - ou pour le moins tenter - une propagation du virus, les autorités régionales de la Lombardie et de la Vénétie ont fait fermer tous les lieux publics, sauf les supermarchés et les pharmacies. Et tandis que le pays s’enfonce dans la peur, du nord au sud, les officines sont prises d’assaut. En l’espace de deux jours, les réserves de masques chirurgicaux et de flacons de désinfectant pour les mains ont été épuisées.

À Rome par exemple, où seulement deux cas avérés ont été recensés, la plupart des officines sont en rupture de stock. « Nous avons écoulé toutes nos réserves depuis deux semaines, pour le désinfectant, nous avons reçu un document publié par un laboratoire et expliquant comment fabriquer un gel antibactérien pour se laver les mains que nous donnons à nos clients », explique Carla De Bernardinis, pharmacienne. Reconstituer un stock de masques chirurgicaux est également compliqué car, comme le note l’association des pharmaciens milanais, « les producteurs et les grossistes doivent faire face à une demande importante dans tout le pays ».

À Rimini, une localité maritime située dans la région de l’Emilie-Romagne où une vingtaine de cas ont déjà été détectés, les officines affichent complet. Depuis vendredi dernier, de longues files d’attente se forment devant toutes les pharmacies. « Les gens sont paniqués car nous sommes en rupture de stock, nous essayons d’expliquer que les masques en papier sont inutiles et inefficaces pour les personnes saines et que la maladie se transmet par les muqueuses à travers le nez, la bouche et les yeux, mais cela ne sert à rien car la psychose est désormais collective », confie le Dr Fabrizio Bagnolini, titulaire d’une officine située en plein centre-ville. À Milan, où les tribunaux, les écoles, les théâtres et les stades sont fermés, le scénario est identique. « Nous ne savons plus où donner de la tête, nous nous sommes retournés vers les fournisseurs et nous devrions enfin, nous espérons, reconstituer notre stock dans les prochains jours », témoigne une pharmacienne. Quelques officines ont encore des boîtes de cent masques, à 1 euro pièce. Pris entre l’enclume de la rupture de stock et le marteau de la peur de la contamination, de nombreux consommateurs ont consulté Internet où des masques sont en vente par boîte de cinq sur le site d’Amazon à 189 € et des petits flacons de gel antibactérien à 49 €. L’association de consommateurs Codacons vient de porter plainte.

À Vérone en Vénétie, l’autre région foyer de l’épidémie qui frappe l’Italie de plein fouet, les pharmacies ont également épuisé les lingettes individuelles et les désinfectants pour les mains. « En janvier dernier, seuls les Chinois nous demandaient des masques et du désinfectant, aujourd’hui c’est toute la ville et au moins neuf clients sur dix qui nous demandent des lingettes individuelles », constate un pharmacien qui a affiché un petit panneau en plusieurs langues sur sa vitrine pour indiquer la rupture du stock de masques et de gel antibactérien.

Ariel F. Dumont

Source : lequotidiendupharmacien.fr