Portrait

Lionel Gaudefroy, la passion des horloges normandes

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Publié le 11/06/2021
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Ce confrère a découvert adolescent les horloges normandes : il en a depuis recensé des milliers, dûment identifiées et photographiées.
Lionel Gaudefroy au musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont, devant  des horloges du Talou

Lionel Gaudefroy au musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont, devant des horloges du Talou
Crédit photo : dr

Il en parle comme de « madeleines » de son enfance, avec gourmandise. Lionel Gaudefroy, pharmacien à Rouen (Seine maritime), vient d'Aumale, à la frontière entre la Normandie et la Picardie, son père était de Beaucamps-le-Vieux, à quelques kilomètres au nord, côté picard. Et ses deux grands-mères avaient l'une et l'autre une horloge « brayonne », du pays de Bray

« Mais brayonne n'est pas le bon terme, corrige le confrère, ces horloges viennent du Talou, une région entre le Vimeu, en Picardie, et le pays de Caux, en Normandie, le pays des vallées côtières de la Bresle, de l'Yères, de la Béthune, de l'Arques et de la Scie. »

À la mort d'une grand-mère, l'autre est venue habiter chez les parents du futur pharmacien. Tous les lundis matin, il la regardait remonter les poids de son horloge. À la mort de cette grand-mère, son père a autorisé l'adolescent d'alors à remonter l'horloge. Il avait 15 ans, une passion était née : à 63 ans à présent, il a retrouvé 3 600 horloges du Talou, toutes identifiées, toutes photographiées. « C'est l'histoire qui m'intéresse, leur histoire », explique-t-il. Dès 15 ans, il parcourt à vélo le Talou, plus tard en voiture, allant de grand-mère en grand-père, à la recherche d'horloges.

L'horloge normande et/ou picarde se caractérise par une ébénisterie rare et fine : leur sculpture est symbolique, des fruits, des raisins, des feuilles de chêne, ou des symboles « datés », un bonnet phrygien. Le bois du meuble est le plus souvent du chêne, c'est un meuble haut, jusqu'à 2,45 m, un meuble de ferme dont les pieds ont été usés par le lavage du sol.

« Les horloges les plus anciennes remontent à 1730, au décor très simple. C'était un meuble de famille, un cadeau de mariage. On en voit avec de petits oiseaux devant le balancier. » Le mouvement a été construit à Saint-Nicolas d'Aliermont, en plein pays de Bray, et où se trouve un musée de l'horlogerie, les cadrans venaient du Jura, les timbres du Massif central. Comme sa jumelle l'horloge comtoise, avec laquelle il ne faut surtout pas la confondre, l'horloge normande se caractérise par une mécanique ultra-simple. L'ébénisterie est parfois signée.

« Lorsque je donne une conférence sur les horloges, explique Lionel Gaudefroy, je compare le Talou au village d'Astérix : le Talou est le village d'irréductibles qui a résisté à l'invasion des horloges comtoises ! »

La valeur marchande de ces meubles très fins a été très élevée, avant de devenir très basse. « Les menuiseries restent en très bon état, mais toutes les horloges ne fonctionnent pas. Peu de gens les font réparer. » Il reste pourtant deux horlogers compétents à Rouen.

Lionel Gaudefroy a deux horloges chez lui, celles de ses deux grands-mères. Le pharmacien prévoit de prendre sa retraite dans quatre ans, et de rédiger - enfin - l'ouvrage sur les horloges du Talou pour lequel la documentation est réunie, et qu'attend avec impatience le musée de Saint-Nicolas. À moins qu'une autre passion ne lui prenne trop de temps : la restauration d'un château fort du XIe siècle, abandonné depuis la Révolution.

Jacques Gravend

Source : Le Quotidien du Pharmacien