Romans policiers

Des frissons de bon aloi

Par
Martine Freneuil -
Publié le 28/04/2020
Afin de ne pas décevoir les lecteurs de romans policiers, le genre littéraire préféré des Français, la 16e édition du festival lyonnais Quais du polar s'est tenue du 3 au 5 avril comme prévu – ou presque, puisque de façon virtuelle. Dévoilé dans une vidéo, le lauréat du prix des lecteurs est Thomas Cantaloube, pour « Requiem pour une République ».

Grand bourlingueur et grand reporter, Thomas Cantaloube a participé en 2008 au lancement du site d'information indépendant Médiapart, pour lequel il a couvert l'actualité internationale pendant douze ans. Auteur de quatre essais, il a fait sensation avec son premier roman, « Requiem pour une République » (1), qui se situe à l'automne 1959 dans la France de Papon, De Gaulle et l'OAS. L'élimination d'un avocat algérien lié au FLN, qui tourne au carnage, conduit à se croiser trois hommes aux convictions et aux intérêts radicalement opposés : un flic jeune et naïf, un truand ancien résistant corse qui a ses entrées dans le Milieu, et un assassin, ex-collabo devenu exécuteur des basses œuvres du Préfet. Bien malgré eux, ils vont joindre leurs forces dans une traque dont les enjeux profonds les dépassent.

La Suédoise Camilla Grebe poursuit sur sa lancée des succès. Après « Un cri sous la glace », qui l'a mondialement révélée, « le Journal de ma disparition », prix du Meilleur Polar scandinave, et « l'Ombre de la baleine », « l'Archipel des larmes » (2) a remporté le prix du Meilleur Polar suédois 2019. L'intrigue, inédite et percutante, repose sur quatre meurtres de femmes, qui ont été violées et leur corps cloué au sol. Le premier date de 1944, le deuxième s'est déroulé trente ans plus tard, un autre dans les années 1980 et le dernier est récent. Elsie, Britt-Marie, Hanne et Malin sont les policières qui, chacune à son tour, ont tout tenté pour arrêter le meurtrier, en vain. Au-delà de l'intense suspense, l'auteure balaie près de quatre-vingts années d'évolution de la société suédoise, et en particulier de la place des femmes flics, toujours sous-estimées, discriminées ou carrément empêchées de travailler par leurs homologues masculins. Banco sur tous les tableaux.

Le décor est idyllique : du sable blanc, du corail, des cocotiers, des eaux turquoise, des fleurs de tiaré… Si l'on est transporté dans ce paradis sur terre, c'est grâce à Patrice Guirao, qui se consacre à l'écriture depuis Tahiti. Il sait nous faire voyager sans quitter notre canapé, et qui plus est en charmante compagnie, puisque les enquêtrices des « Disparus de Pukatapu » (3) sont la photographe Lilith et la journaliste Maema, déjà rencontrées dans « le Bûcher de Moorea ». Venues sur l'atoll perdu de Pukatapu pour un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique, elles tombent sur une petite main coupée alors que sur l'îlot – où ne vit aucun enfant – personne ne manque à l'appel.

Après le commissaire de police Erlendur, au cœur d'une quinzaine d'enquêtes écrites par Arnaldur Indridason, place à Konrad, policier à la retraite découvert dans « Ce que savait la nuit ». Veuf depuis peu, il est à l'image des clichés véhiculés sur l'Islande, sombre, sensible, mais pouvant être violent. Dans « les Fantômes de Reykjavik » (4), il mène de front plusieurs enquêtes : la noyade, des décennies auparavant et jamais élucidée, d'une adolescente de 12 ans devant le Parlement, la découverte de nos jours du cadavre d'une jeune fille par overdose et les investigations du policier sur l'assassinat de son père. Trois affaires pas si étrangères les unes des autres.

La grande prêtresse du thriller psychologique anglais Rachel Abbott n'a délaissé que le temps d'un roman (« Ce qui ne tue pas ») son héros récurrent, l'inspecteur chef Tom Douglas, qui revient dans « Nid de guêpes » (5). Le personnage principal n'est cependant pas le policier, mais une femme tout ce qu'il y a de bien – épouse aimante, mère de famille, directrice d'école – depuis qu'elle a enterré un passé que même son mari ignore. Jusqu'au jour où Scott, l'homme qu'elle avait follement aimé et qu'elle a tué 14 ans auparavant, la menace de tout révéler. Elle a sept jours pour l'en empêcher. Mais comment combattre un fantôme ? Un page turner efficace.

En Allemagne et en Pologne

Auteur et réalisateur danois, Michael Katz Krefeld a été primé dans son pays pour deux polars encore non traduits. On a pu lire en revanche « la Peau des anges », le premier tome d'une série consacrée au détective privé Thomas « Ravn » Ravnsholdt, que l'on retrouve aujourd'hui dans « Disparu » (6). Le disparu en question est un comptable solitaire et mal dans sa peau, qui, du jour au lendemain, est parti à Berlin pour rejoindre quelqu'un et commencer une nouvelle vie. Il n'est apparemment pas le seul étranger à s'être ainsi volatilisé dans la capitale allemande. Et si tout cela était lié à la chute du Mur en 1989, et plus précisément aux atrocités commises à l'époque de la Stasi ?

Découvrir la société polonaise actuelle par le biais d'un roman policier, pourquoi pas ? Surtout si l'auteur est Wojciech Chmielarz, par deux fois lauréat du Meilleur Polar de l'année en Pologne. Après « Pyromane », « la Femme aux poupées » et « la Colombienne », « la Cité des rêves » (7) est la quatrième enquête de l'inspecteur Mortka, dit Le Kub. Le cadavre d'une étudiante en journalisme a été trouvé ; elle vivait en colocation dans un élégant quartier de Varsovie, avec pour propriétaire un politicien connu. La résidence protégée étant comme une Pologne en miniature, dans laquelle politique et mafia, sexe et drogue, ambition et domination rendent les hommes capables de tout.

(1) Gallimard, 540 p., 21 €

(2) Calmann-Lévy, 461 p., 21,90 €

(3) Robert Laffont, 354 p., 19 €

(4) Métailié, 313 p., 21 €

(5) Belfond, 445 p., 19,90 €

(6) Actes Sud, 420 p., 23 €

(7) Agullo, 380 p., 22 €

Martine Freneuil

Source : Le Quotidien du Pharmacien