Faute de repreneur

Boivre, village de la Vienne, en deuil de son officine

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Publié le 01/02/2022
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La titulaire d'un village de la Vienne a pris sa retraite sans avoir trouvé de successeur, malgré la rentabilité prouvée de son officine et un avenir assuré pour l'éventuel repreneur.

Pour les 3 200 habitants de la commune de Boivre-la-Vallée, dans la Vienne (à 20 km de Poitiers), l’année 2022 n’aura pas bien commencé. Le 2 janvier, le rideau de leur pharmacie a été définitivement tiré, malgré les efforts de la municipalité et les recherches de Blanche Crivelli, titulaire de l’officine depuis plus de 17 ans.

Pourtant celle-ci, en prévision de sa prise de retraite bien méritée, n’aura pas ménagé ses efforts pour dénicher un repreneur : contacts répétés auprès des autorités – ARS Nouvelle-Aquitaine, Ordre départemental et régional, faculté poitevine, petites annonces, etc.. « Je suis passée par les grossistes-répartiteurs, confiait-elle récemment à la presse locale, mais aussi une agence parisienne spécialisée. L’effet Covid nous donnait de l’espoir, avec tous les citadins rêvant de vie rurale. Hélas, nous n’avons vu personne… »

La mairie de son côté aura fait le maximum, prospectant tous azimuts, prête à soutenir un éventuel repreneur. Sa maire, Dany Dubernard, s’était précédemment illustrée dans une initiative positive, celle de la création de la maison de santé, en 2019. Un site qui occupe aujourd’hui 2 infirmiers, un naturopathe, un ostéopathe, 2 généralistes, et peut donc assurer la délivrance régulière de nombreuses prescriptions.

« Nous avons tout tenté, confirme-t-elle, en utilisant notre réseau politique relationnel – élus, administratifs, presse. – pour trouver un successeur, forts de nos atouts. Hélas, en pure perte. »

Un futur préoccupant

La fermeture de l'officine s’est déroulée dans le calme et la tristesse. Bouquets de fleurs et boîtes de chocolats ont été offerts à Blanche Crivelli et à ses deux salariés. Propriétaire des murs, elle a rendu sa licence et négocié son stock, tout en déplorant la situation. L’officine était rentable, économiquement saine, disposant d’une patientèle nombreuse et pérenne. Le service de proximité était son principal avantage, et, comme le souligne Blandine, « nous ne faisions pas que délivrer des médicaments, mais nous étions conseillers, et même livreurs à domicile pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer. Certains de nos clients poussaient la porte parfois simplement pour parler ».

Les deux confrères les plus proches sont à 8 km (Vasles et Latillé), ce qui ne facilitera pas la vie des habitants, souvent âgés. Tout le monde ici porte le deuil de la pharmacie, alors que la commune tente, tant bien que mal, d’échapper à un futur désert médical.

« Nos deux généralistes sont à quelques années de la retraite, regrette Dany Dubernard. Ne plus avoir de croix verte sur place sera considéré par des candidats à l’installation comme un obstacle et un manque d’attractivité. »

Jean-Pierre Gourvest

Source : Le Quotidien du Pharmacien