La Pharmacie du Marché

Les heures sombres

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Publié le 24/07/2020

Notre feuilleton de l’été, épisode 3.

Tandis que les mesures de confinement se mettent en place en France, l'équipe de la Pharmacie du Marché se serre les coudes pour maintenir l'activité et rassurer les patients de plus en plus angoissés.

coronavirus

- Alors ça y est, on y est ?

Comme toute l'équipe, la jeune Lou reste incrédule et abasourdie par les mesures de confinement décidées en France.

- Oui Lou, mais tu ne vas pas rester. Tu peux rentrer chez toi. En tant qu'apprentie, je ne peux pas te garder dans l'équipe pendant cette période. Profites-en pour bien réviser tes cours.

En l'absence de J-C, Karine doit gérer seule la crise sanitaire inédite du COVID19.

- Quant aux autres, je comprendrais parfaitement que vous sollicitiez un arrêt de travail. Toi par exemple, Marilyne, ou toi Gisèle… vous n'êtes pas considérées comme des professionnels de santé, même si vous travaillez dans un lieu de santé.

- Je ne suis peut-être pas préparatrice ou pharmacienne, mais qui va vous aider à ranger, réceptionner les commandes, organiser le back-office ?, répond aussitôt Marilyne avec son enthousiasme habituel.

- Pour moi, c'est pareil. Mais j'aurais besoin de prendre jeudi et vendredi. Mon mari est en déplacement et je ne veux pas demander à mes parents de venir garder les enfants. Ils ont presque 80 ans…

- Pas de problème. Merci à vous tous.

- Et Damien, il n'est pas là ?, demande Christèle.

Karine essaie de masquer son embarras.

- Non, il est très enrhumé. On ne veut prendre aucun risque, même si les symptômes ne ressemblent pas à ceux du coronavirus chinois.

Ce que la titulaire ne dit pas, c'est que le compagnon de Damien, Dominique, suit un traitement anti-VIH. Pour le protéger de toute contamination tout en restant près de lui, Damien a demandé un arrêt. Juliette et Julien, qui sont dans la confidence, se regardent sans dire un mot.

- Un dernier mot, ajoute Karine avant de libérer l'équipe et d'ouvrir la pharmacie. Nous sommes inquiets et c'est légitime. Nous sommes tous parents, ou époux, ou enfants de quelqu'un… mais ici, à la pharmacie, nous sommes des professionnels de santé, et notre principale tâche est de rassurer nos patients. Ils n'ont que nous pour les guider, les accompagner. On ne leur cache pas la vérité, le fait que cette épreuve d'isolement social sera difficile, longue ; mais on les encourage à rester positifs, à profiter de ces moments malgré tout. Enfin, au sein de l'équipe, parlez-vous, échangez : ça fait du bien de verbaliser ce qu'on ressent.

Dès les premières heures qui suivent l'ouverture de la pharmacie, une ambiance étrange, presque surréaliste plane dans l'espace client. Au sol, un balisage incite les visiteurs à respecter les règles de distance. Les patients, bien que peu nombreux, sont troublés de se retrouver face à un interlocuteur portant un masque, sauf peut-être ceux qui sont servis par Juliette. Fidèle à sa personnalité pétillante, elle n'a pas hésité à ajouter des gommettes colorées sur son masque :

- Aujourd'hui, je suis la reine des neiges. Demain, je serai princesse Léia, dit-elle aux patients ravis de pouvoir rire malgré la situation.

Une patiente arrive devant Julien. Elle est terriblement pâle, le visage fermé. Des gouttes de sueur coulent sur son front. Le jeune pharmacien comprend très vite la situation.

- Madame ? Vous allez bien ?

La patiente le regarde :

- Je tousse, j'ai de la fièvre. Je ne veux pas aller à l'hôpital. Je ne veux pas, je ne veux pas.

Et tandis que la panique envahit la patiente, Julien appelle ses collègues à son secours.

(À suivre…)

David Paitraud

Source : lequotidiendupharmacien.fr