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Le coronavirus est dépolitisé

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Publié le 02/03/2020
La visite jeudi dernier d'Emmanuel Macron à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a consacré la présence de l'État sur le front de la lutte contre le coronavirus. Dans son ensemble, l'opposition a souhaité principalement soutenir les efforts du gouvernement en invoquant une « unité nationale » qui ne souffrait pas cette fois d'être ébréchée, les risques présentés par l'épidémie étant considérés comme supérieurs aux querelles politiciennes.
Coronavirus dépolitisé

Coronavirus dépolitisé
Crédit photo : AFP

Seule Marine Le Pen s'est cantonnée dans le militantisme d'opposition en dénonçant les « incohérences » de la politique sanitaire gouvernementale. Peut-être s'est-elle trompée de combat et a-t-elle supposé qu'une fois de plus les autres partis d'opposition auraient fait chorus à ses remarques. En tout cas, en choisissant un point de vue solitaire, elle aura encore manqué de crédibilité. D'abord parce qu'elle n'est pas particulièrement compétente en matière d'infectiologie et que le pire, dans cette affaire, c'est d'exprimer la moindre forme d'optimisme ou de pessimisme alors que l'on n'y connaît rien ; ensuite parce que, s'il y a matière à s'attaquer à nos dirigeants dans le dossier des retraites ou dans celui des gilets jaunes, l'opinion veut être sûre qu'ils s'occupent de sa protection sanitaire. Un parti n'a rien à gagner à contribuer à l'anxiété publique dans un domaine éminemment scientifique où les profanes, donc les hommes et les femmes politiques qui n'ont pas de formation médicale, n'ont vraiment pas leur mot à dire.

Bien entendu, Marine Le Pen pouvait toujours exprimer le regret que lui inspire le départ d'Agnès Buzyn, désormais candidate à Paris, mais on lui aurait rapidement rétorqué que Mme Buzyn, au ministère de la Santé et des Solidarités, a été remplacée par le Dr Olivier Véran. Or, comme la présidente du Rassemblement national ne souhaite se livrer ni à l'éloge de Mme Buzyn ni à la critique d'un ministre à peine arrivé à son poste, il ne lui restait plus qu'à concevoir un plan sanitaire inspiré par sa médiocre philosophie, avec fermeture des frontières et tous les ressorts de la répression, celle dont elle construit l'infrastructure même de sa politique d'immigration. Aussi s'est-elle employée à faire le panégyrique des frontières, un peu à la manière d'un Trump français avide de signifier aux Italiens ou aux Espagnols qu'ils n'ont pas droit de cité en France. Les frontières, dans l'esprit de Mme Le Pen, sont l'instrument principal de nos idéaux nationaux et séparatistes. Voilà où est la cohérence dont, selon elle, Macron serait désespérément privé : la fontière comme bouclier contre l'épidémie, avec surveillance aérienne, éventuellement pour désinfecter les airs, et raids de nos navires de guerre dans les mers pour javelliser la Méditerranée et l'Océan atlantique. 

Un virus utile à Macron

Après tout, si Mme Le Pen veut se ridiculiser, c'est son problème. C'est juste qu'elle n'a pas compris que le coronavirus n'offre pas matière à s'opposer, ni qu'il y a dans l'opposition systématique, entêtée, acharnée le risque d'aller trop loin et même de déplaire à tous ceux qui font métier de critiquer, mais évitent de s'aventurer sur des terrains trop obscurs. Non, une épidémie n'a rien à voir avec la politique. La France insoumise, par exemple, est trop occupée à empêcher la démocratie de fonctionner en pratiquant l'obstruction systématique à l'Assemblée nationale pour souffler un peu de démagogie supplémentaire dans les voiles de l'extrême droite. La preuve en est que Jean-Luc Mélenchon, après une réunion de tous les partis dans le bureau d'Édouard Philippe, s'est déclaré d'accord avec le Premier ministre.

En revanche, le président de la République se réjouit certainement, en son for intérieur, de la générosité de l'opposition qui lui laisse carte blanche pour la lutte contre l'épidémie. En accourant à la tête de l'offensive des soignants, il n'avait qu'un message : « L'État est là », ce qui veut toujours dire l'État, c'est moi. Il aura savouré ce moment de sursaut national contre un virus qui fait des dégâts dans le monde entier, ce qui était l'occasion de relâcher la tension à propos des retraites. Ce bref épisode de consensus national, RN en moins, on n'allait pas le gâcher en appliquant l'article 49/3 de la Constitution. C'est seulement quand la politique reprendra ses droits, peut-être dans les jours qui viennent, qu'il faudra bien affronter de nouveau l'adversité.

Richard Liscia

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3583