La Pharmacie du Marché

La loi du tout ou rien

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Publié le 31/07/2020

Notre feuilleton de l'été, épisode 5.

Depuis presque trois semaines, la France vit au rythme du confinement mis en place pour freiner l'épidémie de Covid-19. À la Pharmacie du Marché, une période anormalement tranquille succède au rush des premières heures.

pharmacie

- Julien, on vient de m'avertir que ta patiente, celle qui a fait une crise de panique à la pharmacie, va mieux. Elle tousse encore mais n'a plus de fièvre. Pour le moment, le médecin recommande l'isolement mais aucun test n'a été pratiqué. On ne sait pas si c'est le coronavirus…

J'espère qu'il lui a prescrit un anxiolytique parce que 7 jours d'isolement dans cet état d'angoisse, ça va être difficile, répond le jeune pharmacien à sa titulaire.

- Sept jours à rien faire, de quoi se plaint-elle ? plaisante Jean-Paul.

Julien et Karine dévisagent leur confrère.

- Jean-Paul, enchaîne Karine sèchement. Je ne pense pas que des patientes comme celles dont nous parlons vivent sereinement cette période. La privation de liberté peut générer des angoisses très fortes. Ce n'est pas à toi que je vais apprendre cela tout de même, Jean-Paul. Tu as l'expérience suffisante pour comprendre…

Le remplaçant reste bouche bée. Il fait mine de chercher quelque chose dans ses poches de blouse et sort du back-office.

- Merci Karine. C'est ce qu'on appelle se faire moucher.

- Je me demande souvent si l'empathie ne devrait pas être une qualité obligatoire pour devenir pharmacien ? répond la titulaire, avant de se retirer dans son bureau.

Depuis l'annonce du confinement généralisé, les clients se font plus rares à la Pharmacie du Marché. L'équipe a d'ailleurs organisé son activité pour limiter la fréquentation et éviter des contacts entre les patients. Ces derniers sont incités à déposer leurs ordonnances et à revenir les chercher à heure fixe. Cette organisation permet également à l'équipe de travailler à distance les uns des autres. Néanmoins, quelques patients semblent ne rien avoir compris et continuent à venir à la pharmacie comme en temps normal, pour acheter des produits de moindre importance.

- Christèle, quand tu auras terminé l'ordonnance de Madame Chapovski, tu peux la placer dans cette caisse. Ce sont les ordonnances pour les patients que nous avons convoqués demain matin, à 9 h 00.

- C'est noté. À ce propos, Mme Chapovski a du zolpidem. Je lui renouvelle ? J'ai pas tout saisi sur ces médicaments…, demande la préparatrice.

- Oui, tu peux, pour 28 jours seulement.

- Mais c'est un médicament soumis à la réglementation des stupéfiants !

- Oui, mais c'est aussi un hypnotique. Nous avons eu la confirmation de l'Ordre. On peut le renouveler, c'est sûr.

Au même instant, Gisèle sort de la salle Pasteur où sont stockés temporairement les masques et les gels hydroalcooliques.

- Alors, il en reste combien ? l'interrogent en même temps Christèle, Julien et Jean-Paul, qui vient de les rejoindre.

- De masques ? Deux cent trente-quatre, répond tranquillement la logisticienne en fermant soigneusement la porte à clé. Cinquante-quatre FFP2 et le reste en masque chirurgical. Ça va être chaud pour la semaine qui arrive. Si je compte nos deux kinés et la sage-femme, ça ne fait pas le compte.

- Normalement, on ne doit pas leur en donner tant qu'on n'est pas une zone à risque. Il faut leur expliquer. Et puis nous n'en délivrerons pas à l'infirmière du quartier Sautel, Mme Jurian. Elle s'est fournie à la Pharmacie de la Gare, intervient Karine.

- Karine, l'interrompt Jean-Paul. Une consœur d'Alsace au téléphone, je n'ai pas compris son nom. Elle veut te parler.

(À suivre…)

 

David Paitraud

Source : lequotidiendupharmacien.fr