Covid-19

Épidémie d'agressions et d'incivilités au comptoir des officines

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Publié le 07/04/2020
Si l'activité officinale diminue, la tension au comptoir est en hausse comme le prouve le nombre d'agressions signalé au Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) depuis le début du confinement. Incivilités, menaces, manque de civisme… les temps sont rudes pour les officinaux.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon les statistiques du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP), le nombre d'agressions signalées depuis le début du confinement a augmenté d'environ 60 % par rapport à la même période l'an passé.

« Nous avons reçu 30 déclarations d'agressions rien que pour la semaine dernière, autant que pour tout le mois de mars en 2019 », précise Alain Marcillac, référent sécurité pour le CNOP et titulaire à Châtillon (Hauts-de-Seine). Voulant coûte que coûte se protéger face à l'épidémie, des individus sont prêts à tout pour obtenir des masques, du gel hydroalcoolique ou encore du Plaquenil. « Des pharmaciens ont été menacés au couteau. Au moins trois cas d'agressions physiques nous ont été rapportés ces derniers jours. Un officinal s'est même trouvé en incapacité totale de travail (ITT) pour une période de 4 jours », détaille Alain Marcillac qui a également découvert une nouvelle « mode » ces derniers jours, le crachat en guise d'intimidation si le pharmacien refuse ou n'est pas en capacité de satisfaire une demande. « Dans un grand hôpital parisien, le personnel d'une pharmacie à usage intérieur (PUI) a également été pris à partie, ce qui n'était jamais arrivé à ma connaissance. » Des faits d'agression inédits qui témoignent de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays depuis maintenant trois semaines. Comme le souligne Alain Marcillac, nombre de ses confrères ressentent également un sentiment global d'insécurité, encore accru le week-end et lors des gardes. D'autant plus que les cambriolages ne faiblissent pas, en particulier dans les Hauts-de-France et en région parisienne.

Des patients laissent leur civisme à la maison

Le manque de civisme dont font preuve certains visiteurs est également difficile à supporter comme le déplore Alain Marcillac. « Le passage à la pharmacie est devenu pour certains une sorte de promenade quotidienne. Lorsqu'on tente d'expliquer à certains qu'ils ne doivent pas venir pour un oui ou pour non, ils le prennent mal et peuvent s'emporter. » Sans aller jusqu'à se montrer agressifs, certains visiteurs anxieux oublient toute forme de courtoisie lorsqu'ils se retrouvent devant le comptoir. « Le confinement n'aide pas à apaiser les tensions, il suscite beaucoup d'énervement chez certaines personnes, souligne Carine Wolf-Thal, présidente du CNOP. Alors qu'ils subissent de nombreuses difficultés, les pharmaciens en face sont fatigués et moins patients qu'à l'accoutumée. La moindre étincelle peut rendre la situation électrique. » La médiatisation à l'extrême et le flot d'informations qui tombe au fil des journées peuvent également provoquer du stress et une certaine confusion. Certaines décisions n'ont en effet pas toujours été bien comprises par le grand public. Comme le démontrent les nombreux témoignages de pharmaciens sur les réseaux sociaux, désolés de devoir expliquer plusieurs fois dans la journée que le Doliprane n'est pas devenu gratuit, que les masques sont réservés aux professionnels de santé et qu'ils ne peuvent délivrer du Plaquenil au premier venu. Une obligation permanente de se justifier usante psychologiquement pour les officinaux.

Pascal Marie

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3593