À quelques heures du confinement

Des pharmaciens mobilisés, mais sous pression

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Publié le 20/03/2020
Quelques heures avant la mise en place des mesures instituant le confinement au niveau national, ce 17 mars à 12 heures, trois pharmaciens font part de leur ressenti au « Quotidien ».

À Lectoure dans le Gers, Arnaud Cabelguenne a senti une plus forte tension chez ses patients ce matin du 17 mars. Dans cette ville d'environ 3 500 habitants, plusieurs cas de COVID-19 ont été recensés.

« J'aimerais que les médecins informent davantage l'entourage des personnes infectées et nous les signalent. On reçoit toute la journée des personnes contact qui sont asymptomatiques et peuvent être contagieuses », tient-il à rappeler. Masques, nettoyage toutes les heures, zones fléchées au sol, table pour que les gens y laissent leurs affaires afin de limiter les contacts… L'officinal fait tout ce qu'il peut pour limiter les risques. « Les patients sont plutôt compréhensifs mais pour la première fois aujourd'hui j'ai quand même dû calmer des gens dans la file d'attente. Ils ne comprennent pas toujours pourquoi nous ne pouvons pas fabriquer de gels hydroalcooliques, ils ne savent pas que nous n'avons même plus les matières premières pour les préparer. » Ce qui inquiète le plus Arnaud Cabelguenne reste tout de même l'approvisionnement en médicaments. « On voit que les fournisseurs sont en grande difficulté. Nous sommes à 20 km du site de production d'UPSA et lorsque je commande du paracétamol, je suis livré en 6 heures habituellement. Là, cela fait 4 jours que j'attends », s'alarme-t-il. Arnaud Cabelguenne n'a pas de nouvelles de certaines commandes passées il y a trois semaines et redoute de ne pas être en mesure de délivrer des traitements pour certaines pathologies.

« Dans la tempête, on n'abandonne pas le navire »

Titulaire à Rambouillet dans les Yvelines, Renaud Nadjahi, est quand même très satisfait de voir que l'immense majorité des patients respectent les consignes visant à limiter les risques de transmission du COVID-19. « On essaie d'être le plus empathique possible avec eux. Si en tant que professionnels de la santé, on leur montre que nous sommes stressés, on transmettra ce sentiment de panique et on ne fera que l'augmenter. » Pas question pour lui d'installer des hygiaphones ou du plexiglas dans l'officine, le respect strict des mesures barrières est à son sens déjà suffisamment efficace. Il ne cache pas sa colère, en revanche, lorsqu'il apprend que certains officinaux font valoir leur droit de retrait en cette période exceptionnelle. « Quand on est dans la tempête, on n'abandonne pas le navire. Je ne veux bien sûr pas faire de généralités mais vouloir aller "se cacher" maintenant, je trouve cela scandaleux », s'agace-t-il.

En Alsace, région la plus touchée de France à l'heure actuelle, Guillaume Kreutter a décidé de ne pas laisser entrer plus de cinq patients à la fois dans son officine. « J'ai posé une ligne de démarcation pour que les gens respectent la distance. Mais en ce moment, j'ai une quarantaine de personnes qui sont dehors en train d'attendre, quitte à rester collées les unes aux autres. » Ce sont surtout pour des renouvellements d'ordonnances que l'officinal strasbourgeois est sollicité ces dernières heures. « J'ai l'impression que tout le monde n'a pas compris qu'il serait toujours possible de venir en pharmacie dans les jours qui viennent. Nos stocks ne sont pas extensibles », souligne-t-il. Renforcée par une étudiante, son équipe, également mobilisée sur la fabrication des gels hydroalcooliques, doit réussir des miracles pour tenir la cadence.

Pascal Marie

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3588