Municipales 2020 - Quand le comptoir éclipse l'isoloir

Municipales 2020Quand le comptoir éclipse l'isoloir

Pascal MARIE
| 24.03.2020

Trois pharmaciens engagés dans la course aux municipales en pleine épidémie de COVID-19 racontent au « Quotidien » comment ils ont vécu cette élection très particulière.

Arrivé en 2e position à Trappes dans les Yvelines, aux côtés du conseiller régional Othman Nasrou, Mustapha Larbaoui aurait dû déposer sa liste pour le second tour le 17 mars avant 18 heures.

Le COVID-19 en a finalement décidé autrement poussant le gouvernement à acter, le lendemain, le report de ce second tour au mois de juin. « Il va falloir tout repenser, observe l'officinal. Normalement, on a très peu de temps pour organiser la fusion des listes, ce n'est bien sûr plus à l'ordre du jour et nous allons avoir du temps pour réfléchir désormais », observe-t-il avec sérénité. Mustapha Larbaoui a réussi un score conforme à ses objectifs, même s'il ne s'attendait pas du tout à devancer le maire sortant, relégué en 3e position. « L'abstention importante a peut-être pu jouer un rôle. Le contexte a pu modifier la sociologie des votants mais elle s'est répercutée sur tous les candidats, la peur n'a pas d'âge », estime-t-il. Après une longue soirée du 15 mars passée à attendre les résultats, il est retombé quelques heures plus tard dans la frénésie d'une officine assaillie par des patients particulièrement angoissés. « J'ai rapidement été " immunisé " contre la campagne, si l'on peut dire. La veille du confinement, on a multiplié les prestations par deux comparé à un jour normal, il a vraiment fallu faire preuve de pédagogie pour calmer les esprits. »

Une élection qui restera « unique »

Michel Gabas, qui conserve la mairie d'Eauze dans le Gers, aura vécu une victoire dénuée de toute euphorie le soir du 15 mars. « Nous avons dû annuler notre deuxième réunion publique et il y avait peu de monde lors de la première alors qu'elles étaient plutôt suivies habituellement. Nous n'avons pas mené campagne lors de la dernière semaine, j'ai passé presque tout mon temps à l'officine », explique-t-il. « Dès le lendemain du 1er tour, j'étais de garde dans ma pharmacie. Je n'avais jamais connu une journée comme celle du 16 mars en 25 ans de carrière. » Preuve de l'influence du COVID-19 sur le vote, l'abstention a atteint 47 % dans cette commune de 4 000 habitants contre seulement 24 % six ans plus tôt. Pour Michel Gabas, qui assume également la fonction de conseiller départemental, reporter les élections aurait été préférable mais cette période doit surtout permettre de tirer certaines leçons. « En particulier sur la délocalisation de la production pharmaceutique, précise-t-il. On se rend également compte de l'importance cruciale du maillage territorial des officines et de l'importance de le préserver. »

Sur le front du matin au soir

Maire d'Obernai depuis 2001 et réélu le 15 mars, Bernard Fischer, qui a tenu une officine pendant plus de 30 ans, doit aujourd'hui diriger une cellule de crise, au cœur de l'Alsace, région la plus touchée de France à l'heure actuelle. « Il n'y a eu aucun sentiment de triomphalisme le soir du 1er tour. Les élections sont complètement oubliées aujourd'hui, nous avons un gros combat à mener. Je dois régulièrement m'entretenir avec les chefs de service de l'hôpital, assurer la continuité des services, organiser l'accueil des enfants des soignants… ». Il doit également s'occuper, avec la police municipale, des récalcitrants qui ne se plient pas aux règles du confinement. « J'ai aussi veillé à ce que les quatre pharmacies de la ville soient livrées en masques. Il faut faire preuve d'une extrême solidité en ce moment, je suis sur le front du matin jusqu'à minuit. »

 

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