Face à l’augmentation des usages détournés du protoxyde d’azote, l’Académie nationale de pharmacie recommande de renforcer le repérage précoce des consommations répétées. Les pharmaciens, en particulier, devraient être sensibilisés aux signes cliniques liés à une exposition chronique ou excessive.
Face à l’augmentation des usages détournés du protoxyde d’azote (N2O), l’Académie nationale de pharmacie recommande qu’une campagne d’information et de prévention à destination des jeunes publics soit rapidement mise en place. Les risques sanitaires sont « bien documentés », rappelle l’instance, alors que les jeunes en perçoivent l’usage comme « festif » ou « sans danger ». La terminologie même de « gaz hilarant » devrait être abandonnée et remplacée par une information « claire et rigoureuse » sur ce médicament inscrit sur la liste I des substances vénéneuses depuis 2021 et sur les conséquences d’un usage détourné.
Administré par inhalation comme adjuvant de l’anesthésie et de l’analgésie, le gaz N2O est également un additif alimentaire utilisé comme gaz propulseur. De ce fait, sa vente, bien qu’interdite aux mineurs, reste légale. L’Académie alerte sur la nécessité d’intégrer le protoxyde d’azote dans « les actions de prévention relatives aux conduites addictives » et de renforcer « le repérage précoce des consommations répétées ou intensives » afin d’orienter vers une évaluation médicale adaptée.
Les pharmaciens ont ainsi un rôle à jouer. « Ils peuvent être en contact au comptoir avec des parents en recherche d’informations sur les risques de protoxyde d’azote ou inquiets du comportement de leurs jeunes », explique Nancy Claude, toxicologue, membre du groupe de veille. Afin de permettre aux officinaux de mieux repérer et orienter les patients, l’Académie recommande qu’ils soient « sensibilisés aux manifestations cliniques évocatrices d’une exposition chronique ou excessive ». Cette sensibilisation pourrait avoir lieu lors de la formation initiale et de la formation continue obligatoire. « Comme pour toutes les nouvelles drogues, ils ont besoin par ailleurs d’outils tels que des fiches d’alerte clinique. »
L’Académie rappelle qu’« aucun seuil d’innocuité n’a été identifié pour un usage récréatif ». Sur le plan toxicologique, le protoxyde d’azote entraîne principalement « une inactivation fonctionnelle de la vitamine B12, responsable d’atteintes neurologiques centrales et périphériques parfois irréversibles, ainsi que de troubles psychiatriques pouvant survenir indépendamment d’une carence biologique marquée ». D’autres complications incluent « des anomalies hématologiques, des événements thrombo-emboliques, des épisodes d’hypoxie aiguë pouvant être fatals et une dépendance psychologique ».
L’Académie a ressenti une urgence à intervenir après plusieurs accidents de voiture mortels fin 2025. Le 1er novembre, Mathis, 19 ans, a été tué à Lille par un conducteur ayant consommé du N2O et qui tentait de fuir la police. Le 9 décembre, trois jeunes âgés de 14, 15 et 19 ans sont morts noyés après que leur voiture a fini sa course dans une piscine à Alès. Le conducteur était positif au protoxyde d’azote. Le 1er janvier, un conducteur de 20 ans a été mis en examen après avoir provoqué un accident mortel sous l’emprise du même gaz, à Lyon. Une femme a été tuée et cinq personnes blessées.
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