Quoi de mieux que de travailler en binôme avec un chef d’entreprise pour comprendre ses problématiques ? Telle est la démarche de la pharmacienne Fanny Glotin qui, après plusieurs remplacements et CDI comme adjointe, se demande où elle pourrait s’installer…
Un CDD bien particulier
Ayant entendu parler du dispositif de compagnonnage du réseau Totum, elle postule. Comme pour n’importe quelle embauche, elle candidate : envoi de CV, lettre de motivation, etc Un mois après, Fanny Glotin est sélectionnée. On est en 2021, il lui faut organiser sa valise et sa voiture pour réaliser ce CDD de 6 mois bien particulier. Au programme de ce contrat logé/nourri : travailler dans une trentaine de pharmacies ! Pendant quatre mois, il s’agit d’être en surplus de l’équipe habituelle pour suivre le titulaire dans chacune de ses missions. Originalité du système Totum, le pharmacien loge chez lui ce salarié pas comme les autres. Autrement dit, les deux partagent leur quotidien, du petit déjeuner au diner. Cette immersion totale permet de voir la réalité du métier au comptoir, en back-office, mais aussi à la maison là où un chef d’entreprise emporte aussi ses tracas et ses joies du moment.
Pendant les deux autres mois du contrat, la mission consiste à remplacer les titulaires, en vivant chez eux (par exemple pendant leur semaine de vacances). « A son retour, on échange vraiment avec lui », précise l’ex-compagnon, qui s’occupe aussi des plantes vertes ou du chat à la maison. Rien à voir avec un remplaçant Kleenex !
Pour recruter sa propre équipe, cette expérience fut également un plus
Réaliser ses propres prévisionnels
Après ces semaines denses, Fanny Glotin, toujours pas sûre de l’endroit où elle voulait se poser, a fait le choix de travailler pour Alliance Healthcare. C’est là qu’elle a eu écho de la pharmacie d’Aiffres dans les Deux-Sèvres, en train de péricliter. Elle en est devenue titulaire en février 2025. « Pour étudier le dossier j’ai pu avoir les conseils des titulaires chez qui j’étais passée. Ce n’étaient pas des confrères rencontrés quelques heures lors d’un séminaire, j’avais vécu chez eux, cela crée un lien particulier », souligne-t-elle. « Pendant une semaine, on les bombarde de questions, mais on leur donne aussi un coup de main, on leur apporte les idées des autres (…) Du coup auprès d’eux j’ai pu apprendre beaucoup en matière de comptabilité. J’ai pu réaliser mes propres prévisionnels pour ma future officine avec le comptable : j’avais déjà la notion des charges à intégrer. Pouvoir partager avec eux m’a beaucoup soutenue quand j’ai pu avoir envie d’abandonner l’achat. Mais aussi quand il a fallu faire le choix du grossiste, du génériqueur, des laboratoires : chez Totum tout est déjà calé, je n’avais rien à renégocier, j’ai pu m’appuyer sur le référencement du réseau, en prenant des produits que je connaissais puisque vus pendant mon compagnonnage. Pour résumer, tout était plus simple pour les grosses décisions », explique Fanny Glotin.
Pour recruter sa propre équipe, cette expérience fut également un plus. « J’avais appris un système d’analyse du comportement qui permet de déterminer les personnalités avec lesquelles on aime travailler, » se réjouit-elle près d’un an après, entourée d’une équipe stable. Un staff qu’elle réunit tous les mois pour faire le point. C’est une des mille et une idées que le compagnon Fanny Glotin a gardé pour la titulaire qu’elle est devenue. « Le compagnonnage, cela n’a rien à voir avec le remplacement. Déjà parce qu’il est impossible de trouver autant de remplacements en si peu de temps. Et on a vraiment l’occasion d’échanger à propos des difficultés. Ce genre de discussions est difficile à avoir dans la pharmacie. On parle plus de cela à midi ou le soir à l’apéro et, sans doute, de façon plus constructive. »
Un plus pour l’hôte aussi !
Membre du réseau Totum, le titulaire Fabian Fossey accueille un compagnon chaque année. « En début de contrat, nous transmettons beaucoup au compagnon mais cela reste un avantage car disposer d’un pharmacien supplémentaire soulage l’équipe. C’est chaque fois l’occasion d’apprendre des bonnes pratiques. L’un d’entre eux m’a montré la fonctionnalité du logiciel qui permet de ne pas re-scanner une ordonnance pour un renouvellement. Nous avons la tête dans le guidon, ils ont du recul », confie-t-il. La cohabitation a aussi ses avantages. « On travaille toute la journée avec le compagnon, au comptoir, aux achats, pour les réunions… et le soir on débriefe. On peut aborder des sujets plus sensibles : comment gérer les enfants, pourquoi acheter une pharmacie avant son logement…». Chacun se remet en cause !
F. C.