Pallier les effets secondaires des traitements grâce aux médecines naturelles

Pallier les effets secondaires des traitements grâce aux médecines naturelles

03.06.2016

Plusieurs raisons peuvent conduire à associer les traitements allopathiques et les médecines naturelles. Il peut en effet s’agir d’une recherche de complémentarité d’action, comme évoqué dans le chapitre précédent, de potentialisation d’un traitement, comme au cours d’une antibiothérapie, ou d’amélioration de la tolérance en palliant ou diminuant les effets secondaires.

  • Pallier les effets secondaires des traitements grâce aux médecines naturelles-1

Dans ce dernier cas, les médecines naturelles peuvent, avec certaines précautions, constituer une ressource utile contribuant à améliorer la qualité de vie du patient, son observance au traitement, voire la réussite de la thérapie.
 
Les traitements allopathiques peuvent parfois induire des effets secondaires plus ou moins sévères, plus ou moins prolongés dans le temps. S’il est parfois possible de déterminer une autre option thérapeutique ou intervenir sur la posologie pour réduire ces effets, dans certaines situations, notamment pour les pathologies chroniques, la balance bénéfice/risque reste en faveur du traitement pharmacologique et le patient doit s’accommoder de ces effets indésirables. Face à cette situation, de nombreux patients cherchent à diminuer leur impact et à mieux vivre leur traitement. Selon un rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP), publié en octobre 2012, le taux d’utilisation des médecines complémentaires, bien que dépendant des maladies, atteint par exemple 80 % chez les patients souffrant de cancer.
 

Une pratique documentée pour les principaux effets secondaires

Lorsqu’on parle des effets secondaires des médicaments, les premiers qui nous viennent à l’esprit sont ceux qui sont immédiats et à court terme comme les nausées, les troubles gastro-intestinaux, les maux de tête. De nombreuses études se sont intéressées à l’utilisation des médecines naturelles dans ces situations. C’est le cas, par exemple, pour le gingembre (Zingiber officinale) dont l’effet antinauséeux et la bonne tolérance ont été démontrés y compris au cours de chimiothérapies. La grande camomille (Tanacetum parthenium) contient du parthénolide. Des équipes scientifiques ont pu établir l’action de cette molécule sur le système trigémino-vasculaire (1) et ainsi expliquer les propriétés antimigraineuses de la grande camomille (2). Cette plante est notamment utilisée pour lutter contre les migraines et céphalées de tension chez les patients atteints du VIH (3). Selon cette même source d’information, « les niveaux élevés de cholestérol et de triglycérides sont de plus en plus communs chez les personnes vivant avec le VIH, ce qui semble être dû à l’emploi des médicaments antirétroviraux ». Des effets secondaires qui conduisent certains patients à associer à leur thérapie antirétrovirale des traitements phytothérapeutiques incluant l’ail, le gingembre, le ginseng et le guggul.
 

Une utilisation sous surveillance

Pour autant, utiliser les plantes médicinales pour gérer les effets secondaires des médicaments est une démarche complexe en raison du risque d’interactions entre les plantes et les médicaments. Ces interactions peuvent accroître le nombre d’effets secondaires, diminuer ou, au contraire, augmenter l’effet attendu des traitements. « La même propriété d’une plante peut selon le cas, permettre de pallier des effets secondaires ou être responsable d’interactions médicamenteuses. C’est le cas, par exemple, des plantes détoxifiantes. En agissant sur les enzymes de phase II, elles permettent d’accélérer l’élimination de toxiques exogènes, ou xénobiotiques. Mais, si ces plantes sont capables d’éliminer plus rapidement ces xénobiotiques, elles sont aussi capables d’éliminer plus rapidement des médicaments utilisés à bon escient et limiter ainsi leur action ! », précise Jean-Michel Morel, médecin généraliste et phytothérapeute. Un constat qui ne contre-indique pas leur usage, mais qui nécessite de bien connaître les plantes médicinales et de prendre quelques précautions. « Quand on utilise une allopathie puissante et toxique comme la chimiothérapie avec comme objectif d’utiliser cet effet toxique, certaines précautions sont à prendre. On évitera notamment de donner des plantes détoxifiantes ou des hépatoprotecteurs au sens large en même temps que les anticancéreux. On préférera utiliser une fenêtre thérapeutique en arrêtant leur prise quelques jours avant et après la chimiothérapie pour ne pas favoriser les processus de détoxification qui pourraient diminuer la concentration active du produit. De même, les anticancéreux ayant également des effets pro-oxydants qui contribuent à leur activité cytolytique, on évitera la prise simultanée d’antioxydants. Néanmoins, sous réserve de cette précaution, accompagner les patients atteints de cancer avec la phytothérapie et l’aromathérapie reste très pertinent », ajoute-t-il.
Un exemple qui confirme, une nouvelle fois, que l’association médecines naturelles et allopathie, bien qu’intéressante, ne peut être improvisée. Les professionnels de santé doivent encourager les patients à systématiquement signaler la totalité des traitements pris et les accompagner, dans la mesure de leurs compétences, dans cette recherche de soins personnalisés.

C.N.
 
(1)   Materazzi S et al. Parthenolide inhibits nociception and neurogenic vasodilatation in the trigeminovascular system by targeting the TRPA1 channel. Pain 2013 ; 154 : 2750-8.
(2)   http://www.wikiphyto.org/wiki/Grande_Camomille#cite_note-3. Consulté le 25/05/2016.
(3)   http://www.catie.ca/fr/guides-pratiques/effets-secondaires-medicaments-anti-vih/8-maux-tete. Consulté le 25/05/2016.

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