Une complémentarité utile

Une complémentarité utile

20.05.2016

L’association entre phyto/aromathérapie et allopathie offre un potentiel intéressant pour améliorer la prise en charge des patients. Jusqu’alors régulièrement pratiquée par les patients sans que l’équipe médicale n’en ait connaissance, elle se professionnalise aujourd’hui et se développe dans de nombreux domaines thérapeutiques, appuyée par des études et ouvrages qui valident son bien-fondé.

  • Une complémentarité utile-1

La phytothérapie est utilisée pour maintenir l’individu en bonne santé, dans son état physiologique, ou pour rétablir un état altéré par un trouble fonctionnel ou organique. La symptomatologie guide le choix des plantes utilisées en fonction de leurs propriétés connues. Qu’il s’agisse de renforcer les défenses immunitaires, de prévenir les récidives, de potentialiser l’action de certains traitements allopathiques ou de soulager leurs éventuels effets secondaires…, de plus en plus de professionnels de santé associent allopathie et phytothérapie pour améliorer la prise en charge et la qualité de vie de leurs patients. On voit peu à peu se dessiner une attitude nouvelle au sein de la communauté médicale, visant à promouvoir de nouveaux modèles de soins associant, d’une part, les procédures validées de la médecine conventionnelle et, d’autre part, les méthodes alternatives les plus pertinentes, dans une approche holistique qui valorise la relation entre le praticien et le patient. Pour le Dr Jean-Michel Morel, médecin généraliste et phytothérapeute, les pathologies ambulatoires sont particulièrement concernées par cette complémentarité.
 

Un traitement de fond pour restaurer

Le traitement de l’œsophagite en est un bel exemple. « En effet, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont très efficaces dans cette indication, mais présentent un risque de pérennisation des traitements et de prolifération bactérienne dans l’intestin grêle, liée à la diminution de l’acidité gastrique (que les Anglo-Saxons nomment SIBO, Small Intestinal Bacterial Overgrowth). Il peut être très intéressant d’y associer des plantes comme la racine d’angélique, la racine de réglisse, le gel d’aloès. Dans la colopathie, on préférera les plantes à effet prébiotique, régulatrices de la flore digestive. Les prébiotiques utilisés par le microbiote sont souvent constitués de polysaccharides complexes ou simples, on utilisera donc les gommes végétales, la racine de chicorée, la racine de guimauve, la gomme guar… Certaines huiles essentielles en petite quantité ont également une activité régulatrice, par effet direct sur la muqueuse intestinale (régulation des sécrétions) et, également, par effet direct sur le microbiote (effet régulateur sur la flore digestive). Il s’agit des huiles essentielles de plantes connues comme aromates ou condiments : le basilic, l’estragon, la menthe poivrée, la cardamome », précise le Dr Jean-Michel Morel. La phyto/aromathérapie constitue ainsi le traitement de fond permettant de restaurer la muqueuse et les fonctions de l’organisme. « Des effets que de plus en plus de travaux scientifiques viennent démontrer », ajoute-t-il.
 

Une pratique qui se généralise

Cette complémentarité intéresse de nombreux domaines thérapeutiques, y compris la cancérologie ou l’infectiologie. Pour Jean-Michel Morel, certaines précautions sont à prendre, mais associer la phytothérapie et l’aromathérapie aux traitements de chimiothérapie reste pertinent, à condition de surveiller les risques d’interactions.
Au Canada, le Réseau canadien d’info-traitements sida (CATIE) est voué à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie de toutes les personnes vivant avec le VIH/sida. CATIE fournit des renseignements sur les traitements aux patients, aux fournisseurs de soins et aux organismes de lutte contre le sida. Dans cet objectif, ce réseau a édité un guide pratique des plantes médicinales pour les personnes vivant avec le VIH. Le guide n’a pas vocation à encourager l’automédication des patients, mais à colliger les plantes utilisées, leurs usages et leurs effets connus afin de permettre un état des lieux des connaissances actuelles. Les plantes médicinales aux propriétés immunostimulantes ou antivirales telles que l’ashwagandha, l’astragale, l’hysope, l’arbre à thé, le reishi, ou encore le shiitake font partie des nombreuses plantes référencées dans cet ouvrage.
Ainsi peut-on lire, à titre d’exemple, que « l’ashwagandha est utilisé pour régénérer le système immunitaire des personnes séropositives. Des études effectuées sur des animaux ont montré que le produit permettait d’améliorer la réponse immunitaire de souris ayant reçu des médicaments immunosuppresseurs et qu’elle rendait ces animaux plus résistants » et les auteurs de préciser que, néanmoins, « aucune étude n’a porté spécifiquement sur le VIH ».
« Employé dans le traitement de l’hépatite B et d’autres infections virales, l’astragale fut l’une des premières plantes reconnues comme pouvant être utiles dans le traitement du VIH », précise encore les auteurs. « Bien qu’aucun test n’ait porté spécifiquement sur le traitement de personnes séropositives à l’aide de cette plante, des études relatives au traitement d’autres infections virales chez l’humain ont montré un accroissement du nombre de cellules immunitaires. »
Quant à l’hysope, l’ouvrage fait état d’études montrant que l’hysope arrêtait la production de VIH sans endommager les cellules infectées ainsi que de rapports isolés permettant de penser qu’elle est efficace pour traiter les infections associées au VIH et pour accroître le nombre de lymphocytes T CD4+.
 

Une association sans improvisation

Ces exemples nombreux et variés sont en faveur d’une prise en charge qui évolue vers plus de cohérence et une considération plus importante accordée à l’individu. Autrefois bien distinctes, phytothérapie et allopathie s’associent désormais pour permettre un traitement global et individualisé. Cette tendance est encore balbutiante en France, mais est, sans doute, amenée à se développer si l’on considère sa pratique chez nos voisins anglo-saxons (en 2005, le National Center for Complementary and Alternative Medicine, aux États-Unis, avait un budget de plus de 120 000 $).
Associer allopathie et phytothérapie nécessite néanmoins de solides connaissances et ne peut s’improviser. Un point qu’il est important de rappeler à vos patients.
 
C.N.

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